La RTBF a décidé de mettre un terme, à la fin de cette année 2025, à l’émission Sous couverture, diffusée depuis 2019. C’est à ce jour, sur les antennes de la télévision publique belge francophone, la seule émission encore consacrée entièrement à la littérature.
Un collectif de plus de 380 autrices, auteurs, organisations professionnelles et membres des professions de l’édition et du livre signent une carte blanche déplorant la disparition de l’émission.

Il y a longtemps que le désintérêt de l’institution pour ce programme ne fait aucun doute. Diffusé sur la Trois en dernière partie de soirée, le dimanche, une semaine sur deux, produit avec
très peu de moyens techniques et financiers, il était régulièrement menacé de disparition. Sa suppression prochaine, si elle n’est pas vraiment une surprise, n’en a pas moins valeur de
symbole : celui du choix, posé par les instances dirigeantes de la RTBF, de considérer, une fois pour toutes, la littérature comme lettre morte.

Nous savons que le monde est en feu. La démocratie est attaquée comme jamais par des mouvements politiques aux projets autoritaires. Elle vacille, en de nombreux lieux. Nos sociétés semblent incapables de répondre aux bouleversements environnementaux qui leur sont promis. Et certains veulent mettre au rebut les principes élémentaires de solidarité et de dignité humaines.

Il nous semble d’autant plus invraisemblable que la RTBF choisisse justement ce moment de notre histoire, ce moment dangereux, pour liquider l’unique programme télévisé, et disponible
en ligne, dont le livre est le sujet exclusif. C’est un tel aveu de renoncement que l’on craint d’y voir un parti pris philosophique, sinon politique, parfaitement conscient.

Dans un pays de Lettres comme la Belgique, on se désole de devoir rappeler que le livre a été, et est encore, l’outil d’émancipation populaire le plus puissant et le plus accessible. Que la littérature, parce qu’elle interroge et exprime notre condition humaine, a un rôle essentiel à jouer dans la grande conversation démocratique. Elle est le lieu où notre langue commune se déploie, et au contact des livres on enrichit son imaginaire, sa pensée et sa compréhension du monde. Le livre est aussi un lieu de plaisir et de joie, où l’on peut se construire autant que se distraire.
Encore faut-il l’y aider.
Dans le monde de la toute-puissance des écrans, où la capture de notre attention par des marchands de chimères a des effets destructeurs sur la vie en société, les livres ont grand besoin, sur les antennes d’un média public, d’une place visible, quotidienne, valorisée. Le saupoudrage est loin d’être suffisant.

Soyons réalistes, demandons l’impossible

L’émission Sous couverture n’est sans doute pas parfaite. Aucune émission ne pourrait l’être dans les conditions de production qui lui ont été imposées. Mais elle est fabriquée par une
équipe passionnée, dont la compétence et la curiosité sont unanimement reconnues. À vrai dire, il ne s’agit pas de demander aux responsables de cette décision qu’ils daignent revenir sur la
suppression d’un programme bimensuel de 36 minutes. La perspective de sa fin a aiguisé nos appétits. Puisque le peu qui est concédé est déjà de trop, il est temps d’exiger beaucoup plus.
Exiger, par exemple, que la télévision publique respecte tous les termes de son contratprogramme : « faire rayonner la culture et informer, éduquer, sensibiliser, divertir et toucher tous
les publics, dont les jeunes ».

Ainsi, nous voulons que soit donnée une place importante à la production éditoriale, dans toute sa diversité : littérature, poésie, philosophie, essais, livres pour la jeunesse, bande dessinée, livres d’art…, et qu’une attention particulière soit portée aux acteurs et actrices de la FWB.

Nous voulons, sans nous substituer aux équipes de programmation, que de nouvelles émissions télévisées, consacrées prioritairement aux livres, soient créées et durablement financées, qu’il s’agisse de programmes courts et quotidiens, diffusés à une heure de grande écoute, d’une émission fédérative hebdomadaire, ou de documentaires.

Nous voulons pour cela que les équipes disposant d’une expertise reconnue se voient confier les moyens de jouer pleinement leur rôle de prescription et de critique.

Les contraintes budgétaires de la RTBF sont connues, et nous les comprenons. Mais nous voulons que la télévision prête au livre au moins autant d’attention, et pourquoi pas de moyens, qu’elle en accorde au sport ou aux loisirs.

Nous ne voulons pas tout cela parce que nous défendons une corporation. Ni même parce que, autrices et auteurs, éditeurs et éditrices, libraires, bibliothécaires, enseignant·es, membres de toutes les professions du livre, ou lectrices et lecteurs, faisons vivre un secteur économique et culturel qui pèse, chaque année, plusieurs centaines de millions d’euros.

Si nous prenons la parole, c’est parce nous croyons fermement que l’avenir de nos sociétés démocratiques dépend d’un imaginaire nourri et ouvert, de l’esprit critique, de la capacité à nommer ce que nous sommes et ce que nous vivons, toutes choses qui sont la matière et le cadeau de la lecture.

Par les temps qui courent, les décisions qui contribuent à remiser la littérature dans les placards du débat public seront assurément lourdes de conséquences.

 

Pour aller plus loin

Documenter les réalités des auteurs et autrices de livres est essentiel pour faire avancer leurs revendications, améliorer leurs situations et notamment obtenir une plus juste rémunération de leurs activités de création, encore trop souvent invisibilisées.

Aujourd’hui, dix ans après sa première édition, les États Généraux de la Bande Dessinée lancent une seconde grande enquête destinée aux créatrices et créateurs de BD. Beaucoup d’entre vous exprimez vos inquiétudes face aux évolutions de vos pratiques et de vos métiers. C’est pourquoi les EGBD sont soucieux de dresser un nouvel état des lieux précis, et de comprendre comment la situation a évolué au cours de la dernière décennie.

Ce questionnaire s’adresse à toutes et tous : auteurs et autrices professionnel·les, amateur·ices ou étudiant·es. Les États Généraux de la Bande Dessinée souhaitent mieux connaître celles et ceux qui font vivre la bande dessinée (de la star internationale à l’auteur·ice émergent·e). Violences sexistes et sexuelles au travail, choix d’orientation des jeunes vers la bande dessinée, féminisation du milieu, précarité… de nombreuses questions seront soulevées pour dresser un constat actualisé de la profession.

Toutes les pratiques sont bienvenues : dessin, scénario, couleur, storyboard, papier, numérique, album, roman graphique ou webtoon.

Une première analyse des résultats sera dévoilée en janvier 2026, lors du festival d’Angoulême, avant la publication de focus thématiques plus détaillés au fil de l’année.

Les États Généraux de la Bande Dessinée

Les Etats généraux de la Bande dessinée (EGBD) ont été créés en octobre 2014. Ils se sont constitués pour faire un état des lieux du secteur, pour étudier les conditions de vie et de travail des auteur·ices et pour œuvrer à un avenir meilleur pour tous·tes.

Il y dix ans, près de 1500 auteurs et autrices répondaient aux questions des États Généraux de la Bande Dessinée. Cette seconde enquête a donc pour but de faire un nouveau constat précis de la situation, et de savoir ce qui a changé pendant cette décennie.

Pour aller plus loin

La Scam travaille avec de nombreuses organisations du « Bloc Culture » à l’élaboration d’un mémorandum à destination des autorités fédérales ainsi qu’à des actions. Un sujet inquiète tout particulièrement les auteurs et les autrices et les autres professionnel·les du secteur des arts : celui de la réforme des pensions.

Les projets de réforme du gouvernement fédéral en matière de pension ne semble aborder cette question que dans une optique budgétaire avec des effets désastreux

Le Gouvernement envisage :

  • de rendre l’accès aux pensions plus difficile
  • de réduire la constitution des droits pendant les périodes d’absence de travail visible
  • de limiter progressivement les régimes adaptés

Ces orientations vont à l’opposé des objectifs de la réforme WITA, initiée en 2022 sur base d’une analyse approfondie du secteur et de ses caractéristiques, afin d’y faire reculer la précarité nuisible à tous points de vue, social, économique, artistique. Elles sont inacceptables.

Mobilisation nationale

Vu l’importance des enjeux pour les auteurs et autrices, le Comité belge de la Scam contribue et soutient la mobilisation nationale du 14 octobre prochain, en solidarité avec toutes les personnes impactées par la réforme des pensions du Gouvernement Arizona. Le rendez-vous pour le « Bloc Culture » est fixé à 10h15 sous la coupole Rogier (Place Rogier).

Communiqué de presse du 9 octobre 2025

La Culture en front uni pour les pensions lors de la mobilisation nationale du 14 octobre

La Culture en front uni pour les pensions lors de la mobilisation nationale du 14 octobre
Les syndicats, fédérations et travailleur.euses des arts francophones et néerlandophones participeront en front uni à la mobilisation nationale du 14 octobre prochain, en solidarité avec toutes les personnes qui seront impactées par la réforme des pensions du Gouvernement Arizona.

Particulièrement, pour ce qui les concerne, les travailleur.euses des arts manifesteront contre la mesure visant à valoriser uniquement leur statut à concurrence de 20 pourcents de leur carrière pour le calcul de leur pension.

Concrètement, pour une carrière complète de 45 ans, seules 9 années de statut pourront être prises en compte. Cela signifie que les travailleur.euses qui ont bénéficié du statut (ou d’autres périodes assimilées) pendant plus de 9 ans perdront une partie de leur pension. Dans les cas les plus extrêmes, cela représente 36 années perdues.

La perte financière calculée sur base de situations de carrière réelle de travailleur.euses des arts oscillera entre 400 euros et 1600 euros par mois par rapport à un.e travailleur.euse qui aurait effectué une carrière complète rémunérée au salaire moyen !

Autant dire que l’impact sera dévastateur et plongera la majorité des travailleur.euses des arts dans la précarité à l’âge de la pension

Les travailleur.euses des arts rappellent, qu’à l’instar d’autres professions, telles que les dockers ou les pêcheurs en mer du nord, il.elles bénéficient d’un statut social adapté à leurs réalités particulières de travail : l’intermittence comme une contingence inhérente au métier artistique, le travail invisibilisé nécessaire à la création de projets qui intervient régulièrement entre les périodes d’engagement contractuel, l’imprévisibilité des revenus souvent faibles et la courte durée des contrats (CDD de courte durée).

Ce statut social, pour lequel il.elles cotisent est inscrit dans le régime général de la sécurité sociale et décline ses effets dans ses différentes branches : allocations de travail des arts dans la branche chômage et pension.

Ils.elles rappellent au Gouvernement que l’allocation de travail des arts est une allocation accordée sous condition aux travailleur.euses des arts en considération de la part de travail non rémunéré et dévolue à l’activité créatrice qu’ils.elles produisent. Celle-ci doit être distinguée très clairement d’une allocation de chômage car, contrairement à une personne ayant perdu son travail et en recherche d’emploi, les travailleurs·euses des arts exercent une démarche professionnelle continue, alternant périodes sous contrat et périodes de travail “invisibilisé” (création, recherche, développement de projets).

En conséquence et puisque les travailleur.euses des arts exercent une activité professionnelle continue, ces travailleur.euses, soutenu.es dans leur combat par les syndicats et les fédérations représentatives, demandent au Gouvernement Arizona de reconnaître les spécificités du travail des arts en préservant le statut social des travailleur.euses des arts actuel et, ainsi, leur garantir une pension décente à l’issue de leur carrière effectuée au bénéfice des publics.

Signataires

ABDIL – Auteurices de la Bande dessinée et de l’Illustration
ABRACA – The Belgian Animation Federation
ABS-BSV / Association Belge du Spectacle – Belgische Schouwspelvereniging
ACOD Cultuur (ABVV)
ACV/Cultuurvakbond
Aires Libres – Fédération professionnelle des Arts du Cirque, des Arts forains et des Arts de la Rue
Amplo
ARRF – Association des Réalisateurs et Réalisatrices Francophones
Artists United
ASA – Association des Scénaristes de l’Audiovisuel
ASAP – Assemblée des structures en arts plastiques
Asspropro – Association des Programmateurs Professionnels
ASTRAC, Réseau des professionnels en Centres culturels asbl
ATPS – Fédération de Technicien·ne·s du Spectacle
BELVA – Belgian Voice Artists
CGSLB-ACLVB
Chambre des Compagnies de Théâtre Adulte (CCTA)
Chambre des Théâtres pour l’Enfance et la Jeunesse (CTEJ)
Cont’act-Fédération des opérateurs culturels des arts du conte et de l’oralité asbl
De Muziekgilde vzw
deAuteurs
Fédération Belge des Professionnels de l’Humour (FBPH)
Fédération des Auteur·ices Compositeur·ices Interprètes Réuni·es (FACIR)
Fédération des employeurs des Arts de la Scène (FEAS)
Fédération du Théâtre-Action (FTA)
Hors Champ – Fédération Professionnelle des Technicien·ne·s du Cinéma et de l’Audiovisuel
Klankverbond
La CGSP-CULTURE (FGTB)
La CSC Culture
LaFAP – Fédération des arts plastiques
Le Club des 5 (Montagne magique, Roseraie, Ekla, Pierre de Lune)
Le SETCa-BBTK
Les Lundis d’Hortense asbl (Musicien.nes jazz)
NICC vzw
oKo Overleg Kunstenorganisaties
PlayRight CV
Pro Spere – Fédérations professionnelles de l’audio-visuel
RABKO – Réseau des arts à Bruxelles / Brussels kunstenoverleg
Réseau des Arts chorégraphiques – Fédération professionelle de la danse (RAC)
SABAM
SACD/SCAM
State of the Arts
Unie van Regisseurs
Union des Artistes du Spectacle Vivant et Enregistré (UAS)
Vlaamse Auteursvereniging vzw

 

Contacts

Contact FR :
Virginie Devaster : +32 484 80 40 19
Fabian Hidalgo : +32 495 80 32 68

Contact NL :
Katrien Reist : +32 488 57 16 69
Wouter Van Loo : +32 477 27 65 92

FAQ

Consulter la FAQ relative au statut social des travailleureuses des arts en cliquant sur le bouton ci-dessous.

Avec le soutien de la Scam, et en partenariat avec la SACD, le Bureau Europe Créative Wallonie-Bruxelles et l’agence Wallonie-Bruxelles Design Mode, Bela poursuit son focus sur la mobilité des auteurs et des autrices, particulièrement en Europe, et la manière de financer celle-ci. À l’occasion de la sortie du nouvel appel Culture Moves Europe, une séance d’information est organisée le mercredi 12 novembre à la MEDAA. Nous vous invitons à y participer.

Appel Culture Moves Europe : des opportunités à saisir pour les auteurs et les autrices

Pour la troisième année consécutive, une nouvelle séance d’information est organisée sur le programme Europe Créative, et plus particulièrement sur le nouvel appel Culture Moves Europe ouvert depuis le 1er octobre 2025, et qui se clôturera le 30 avril 2026.

Cet appel comporte un volet de mobilité individuelle pour les artistes et les professionnels et professionnelles de la culture souhaitant réaliser un projet avec un partenaire de leur choix dans un autre pays d’Europe Créative, pour les secteurs du spectacle vivant, des arts visuels, de la littérature, de l’architecture, du patrimoine, de la mode et du design et de la musique. C’est spécifiquement sur ce volet que la séance d’information portera.

Cette présentation sera assurée par Malgorzata Szlendak, responsable du dispositif Culture Moves Europe à la Direction générale Éducation et Culture de la Commission européenne, et Nathalie Marchal, Administration générale Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Bureau Europe Créative. Elle sera suivie de retours d’expérience d’artistes de Fédération Wallonie-Bruxelles qui ont obtenu une bourse lors des précédents appels : Émilie Plateau (littérature), Marion Demeulenaere pour le collectif Atelier Ton Piquant (arts visuels) et Jonathan Axel Gomis (arts du spectacle). Ce moment d’échange sera animé par Morgane Batoz-Herges.

Cette séance a un double objectif :

  1. Informer de manière large les artistes qui envisagent un projet de mobilité au sein de l’U.E.
  2. Répondre aux questions plus précises de celles et ceux qui finalisent leur dossier.

Dans les deux cas n’hésitez pas à consulter cet article qui décrypte le volet de mobilité individuelle de ce nouvel appel, et donne des conseils pour constituer son dossier.

À noter également : à partir du lundi 3 novembre 2025, un service (gratuit) de relecture de dossier sera à nouveau proposé pour les membres de la Scam.

En pratique

  • Date ?  La séance aura lieu le mercredi 12 novembre
  • Horaire ?  De 14h30 à 16h30 (accueil-café dès 14h00)
  • Lieu ?  À la MEDAA
  • Inscription ?  Pour y assister, merci de vous inscrire auprès de Morgane Batoz-Herges, par mail à l’adresse morgane.batoz-herges@medaa.be, en indiquant si vous avez déjà un projet et votre degré de connaissance du programme Culture Moves Europe.

Retrouvez l’appel Culture Moves Europe (soutien à la mobilité individuelle) là. Et n’hésitez pas à vous abonner à l’infolettre du Bureau Europe Créative Wallonie-Bruxelles juste ici.

La Commission européenne a lancé le 1er octobre 2025 un nouvel appel Culture Moves Europe destiné notamment à soutenir la mobilité individuelle des artistes et professionnel·le·s de la culture. Ouvert jusqu’au 30 avril 2026, cette initiative va ainsi financer la mobilité de milliers de personnes, dont peut-être la vôtre ?

On vous explique tout ce qu’il faut savoir sur ce nouvel appel et la manière de monter son dossier ! Dans le cadre du pôle européen de Bela, une séance d’information est par ailleurs organisée avec la Scam le mercredi 12 novembre.

Conditions d’éligibilité

  • Être âgé·e de plus de 18 ans et résider dans un pays du programme Europe Créative, à savoir :
    • Albanie, Autriche, Arménie, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark, Estonie, Finlande, France, Géorgie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Kosovo, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Monténégro, Pays-Bas, Macédoine du Nord, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Suède, Tunisie et Ukraine. Ainsi que la Moldavie à partir du 1er janvier 2026.
    • Pays et territoires d’outre-mer et régions ultrapériphériques : Groenland (Danemark) ; Guyane française, Polynésie française, Terres australes et antarctiques françaises, Guadeloupe, Martinique, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Île de la Réunion, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, Îles Wallis et Futuna (France) ; Açores, Madère (Portugal) ; Îles Canaries (Espagne) ; Aruba, Bonaire, Curaçao, Saba, Saint-Martin, Saint-Eustache (Pays-Bas).
  • Mener à bien un projet dans un des sept secteurs concernés : architecture, patrimoine, mode et design, littérature, musique, arts du spectacle et arts visuels ;
  • Se rendre pour le projet dans un autre pays du programme Europe Créative (voir liste ci-dessus) que celui de résidence du, de la ou des demandeur.euse(s). Le partenaire peut être une personne ou une organisation, le choix doit dans tous les cas être pertinent pour la réalisation du projet.
  • Si vous avez déjà obtenu une bourse Culture Moves Europe lors d’un précédent appel, vous êtes à nouveau éligible mais ne serez pas prioritaire.

Le projet peut être porté par une personne ou par un groupe (de 2 à 5 personnes maximum) :

  • chaque personne peut venir d’un pays et d’un secteur différent,
  • il peut s’agir d’une première collaboration mais chaque membre doit avoir un rôle bien précis. Toustes doivent travailler ensemble sur le même projet,
  • cet appel offre à nouveau la possibilité d’un projet hybride/ distanciel pour les personnes présentant un handicap ou dans des pays à risque;
  • Attention ! le “leader” ou la “leadeuse” introduit une seule candidature pour l’ensemble du groupe

Objectifs du projet

Le projet doit poursuivre deux des quatre objectifs proposés :

  • explorer : mener une recherche créative et artistique, étudier, s’inspirer et travailler sur un thème spécifique ou un nouveau concept ;
  • créer : s’engager dans un processus créatif visant à produire une nouvelle œuvre artistique/culturelle ;
  • apprendre : améliorer les compétences et les aptitudes des participants par le biais d’un apprentissage non formel ou d’une collaboration avec un spécialiste ;
  • créer des liens : développer un réseau professionnel, renforcer le développement professionnel des participants, s’engager auprès de nouveaux publics.

Attention ! La diffusion d’un spectacle ou d’une œuvre existante ne fait pas partie des objectifs !

Aspects pratiques : délais, durée et montant alloué

Selon que le projet est porté par une seule personne ou un groupe, la durée éligible varie:

  • de 7 à 60 jours pour une personne seule ;
  • de 7 à 21 jours pour un groupe.

Dans tous les cas, elle ne débute qu’une fois la convention signée, n’inclut pas les voyages et ne peut être fragmentée. Il est par ailleurs obligatoire de prévoir un départ au plus tôt deux mois (recommandé: quatre mois) et au plus tard huit mois à partir de la deadline mensuelle : donc si vous remettez votre dossier pour la deadline du 31 octobre, votre projet doit avoir lieu entre le 1er janvier et le 1er juillet 2026).

Attention ! Il est nécessaire de bien réfléchir à la durée du projet car celle-ci ne sera pas revue par le jury en fonction du budget disponible au moment de la sélection mensuelle (un projet de 40 jours ne sera pas accepté à 30 jours par exemple mais simplement refusé). Pour information, 68% du budget est dédié aux projets courts (de 7 à 21 jours), 20% aux projets intermédiaires (22 à 39 jours) et 12% seulement aux projets longs (40 à 60 jours)

La bourse octroyée par Culture Moves Europe permet de couvrir :

  • les frais de séjour (hébergement, nourriture, matériel, transports locaux, etc.) à hauteur de 85€ par jour et par personne ;
  • les frais de voyage à hauteur de 400€ (distance de moins de 5000 km) ou de 800€ (au-delà de 5000 km) par personne. Attention il est interdit de prendre l’avion pour des trajets de moins de 600 km.

D’autres dépenses sont éligibles :

  • les frais de visa à hauteur de 120€ par personne ;
  • un bonus parent à hauteur de 200€ par enfant de moins de 18 ans au moment de la réalisation du projet;
  • un bonus pour les personnes venant de/ se rendant dans un pays ou territoire d’outre-mer ou une région ultrapériphérique à hauteur de 175€ par personne (voir liste ci-dessus)
  • un bonus écologique de 400€ par personne si le voyage de plus de 600 km n’est pas effectué par avion ;
  • un soutien supplémentaire est prévu pour les personnes porteuses d’un handicap en fonction de leurs besoins: il s’agit d’un montant forfaitaire supplémentaire de 30€ par jour, combinable avec une prise en charge plus complète, notamment dans le cadre d’un accompagnement professionnel. Dans tous les cas et contrairement aux précédents appels, il est nécessaire de l’indiquer dans le formulaire de candidature et d’avoir les justificatifs adéquats à présenter.

À noter : la mobilité virtuelle et/ ou hybride est envisageable dans certains cas. Celle-ci concerne:

– les projets dans un pays ne pouvant garantir la sécurité des personnes (qui y résident ou souhaitent s’y rendre);

– les personnes atteintes d’un handicap.

Dans ces deux cas de figure, le forfait prévu s’élève à 40€ par jour et par personne. Pour un projet hybride, il faudra indiquer clairement les jours en présentiel et en distanciel, car deux forfaits s’appliqueront.

Le paiement s’effectue en deux tranches : 75% du montant total hors bonus jusqu’à 30 jours après la signature de la convention, le solde sera versé dans les 30 jours suivant l’acceptation du rapport final d’activité.

Aspects administratifs : demande de soutien et rapport final d’activité

Tout se déroule EN ANGLAIS (le dossier sera évalué indépendamment du niveau d’anglais mais il doit être compréhensible) sur le portail GAP (Goethe-Application Portal), il convient donc de se créer un compte sur ce site, de s’y enregistrer comme « individual » (même pour les projets qui concernent un groupe), de sélectionner « Culture Moves Europe funding » puis « Call for Individual Mobility » et enfin d’y remplir les formulaires et d’y enregistrer les documents demandés.

Pour la demande de soutien

Liste des documents demandés par personne :

  • document d’identité officiel;
  • preuve de résidence dans un pays éligible;
  • court CV d’une page;
  • pour les personnes concernées : une preuve de la situation de handicap.

Il est obligatoire de joindre en outre par projet:

  • une lettre d’invitation du partenaire à l’étranger qui doit inclure la confirmation de la collaboration, une présentation brève de son activité, votre nom ainsi que celui des autres personnes impliquées (dans le cas d’un projet de groupe), la durée du projet avec dates de début et de fin. Ce document doit être date et signé par le partenaire. Modèle en anglais ici ;
  • Un portfolio présentant projets passés, idées, univers artistique, etc. Un document à soigner, car il est très apprécié des membres du jury.

Pour le rapport final

Dans tous les cas, le rapport final est à remettre dans les 30 jours qui suivent la réalisation du projet et doit comporter une preuve du retour dans le pays de résidence. Il se compose de trois parties :

  1. réflexion : bref questionnaire à remplir sur le séjour, les attentes et les réalisations du projet ;
  2. preuves de la réalisation du projet : il n’est pas nécessaire ici de justifier le moindre euro dépensé mais seulement de montrer que le projet de mobilité a bien eu lieu. Diverses factures de voyage, transports en commun, achat de nourriture et de matériel sont donc suffisantes ;
  3. photos : en prévoir jusqu’à 5 qui documentent au mieux le projet et le séjour.

Quelques conseils

Tout dossier ne peut être déposé qu’une seule fois par appel: ne candidatez pas précipitamment ou avec un projet incomplet car vous ne serez pas en mesure de repostuler avant le prochain appel 2026-2027. Pour être éligible et avoir les meilleures chances, il est vivement conseillé de :

  • Lire l’appel et le règlement ici ;
  • Les deadlines mensuelles sont le 31 octobre et le 30 novembre 2025, les 31 janvier, 29 février, 31 mars et 30 avril 2026;
  • Vérifier les critères d’éligibilité : le jury s’attachera à examiner particulièrement la cohérence et pertinence du trio porteur·euse(s) de projet/ partenaire/ raison d’être de la mobilité ;
  • Vérifier que tous les documents demandés ont été enregistrés au bon endroit ;
  • Rester clair·e(s) et concis·e(s) et soigner particulièrement les cinq aspects sur lesquels le dossier sera évalué (sur 20):
    • les objectifs du projet: la cohérence de ce qui est proposé par rapport aux deux objectifs choisis (4/20);
    • la pertinence de la demande: en quoi la mobilité est-elle nécessaire avec ce partenaire, dans ce pays , pour ces objectifs ? (5/20);
    • le sérieux de la préparation: planification en phase avec les contraintes de l’appel, collaboration solide avec le partenaire (5/20);
    • les retombées: réseau, public, communauté, bref que restera-t-il du projet ? (4/20);
    • la prise en compte de la durabilité: mobilité douce, attention aux questions écologiques (2/20) ;
  • Demander à une personne de relire la demande avant de l’envoyer. Pour les membres de la Scam un service de relecture de dossier est assuré à partir du lundi 3 novembre : contacter Morgane Batoz-Herges morgane.batoz-herges@medaa.be ;
  • Postuler le plus tôt possible, la compétition sera plus rude en fin d’appel, particulièrement pour les deadlines des 31 mars et 30 avril 2026 ! À noter aussi: pas de deadline en décembre 2025.

Autres pistes/ ressources

 

Morgane Batoz-Herges

L’année passée, les illustratrices Fanny Dreyer et Chloé Perarnau, membres du Collectif Cuistax, ont bénéficié d’un soutien de Culture Moves Europe pour une résidence à Barcelone, au sein de l’espace Taller Fosforito à Barcelone. Elles en reviennent avec une exposition sensible et poétique, Habiter le paysage/ Habitar el paisatge, qui sera dévoilée à la MEDAA à l’occasion d’une rencontre européenne dédiée à la mobilité artistique le 8 octobre.

Une invitation à ralentir et à voir autrement

Invitées en résidence à Taller Fosforito — un lieu dédié à l’illustration et aux échanges artistiques, fondé par Miguel Pang Ly et Iratxe Lopez de Munain — les deux artistes ont construit leur projet in situ, à partir de promenades dans les collines, les parcs et le littoral barcelonais, mais aussi d’une exploration historique autour de deux écoles alternatives du début du XXe siècle : l’Escola de Bosc, à Montjuïc, et l’Escola del Mar, sur la plage de la Barceloneta.

Ces établissements expérimentaux, ancrés dans des environnements naturels, prônaient l’apprentissage par le contact avec le vivant, le développement de la créativité et de l’autonomie — des valeurs qui ont profondément inspiré l’approche artistique de la résidence.

L’exposition s’articule autour d’un triptyque peint sur bois, représentant les écoles, les paysages et les enfants qui les animent. Cette pièce centrale est accompagnée de petites peintures, de personnages et éléments en bois découpé (arbres, enfants, bateau), et d’une table présentant recherches, documents et esquisses.

Chaque élément vient prolonger la réflexion sur la manière dont on « habite » un paysage : par la présence, le regard, la mémoire, le jeu et l’apprentissage.

À travers Habiter le paysage, Fanny Dreyer et Chloé Perarnau proposent une vision généreuse et attentive du rapport entre l’humain et son environnement. Une exposition où l’enfance devient un vecteur d’exploration du territoire, et où le paysage devient espace de récit, d’imaginaire et de liberté.

Ce projet a pu voir le jour grâce au soutien Culture Moves Europe, financé par le programme Europe créative de la Commission européenne afin d’encourager la mobilité des artistes et des professionnel·les de la culture.

En pratique

Où ? MEDAA, rue du Prince royal 87 – 1050 Ixelles

Quand ? Du 9 au 22 octobre, du lundi au vendredi, de 9h à 17h.

Et le vernissage ? Il aura lieu à l’occasion de la rencontre européenne “Partir un jour: encourager, valoriser et soutenir durablement la mobilité artistique, en Europe et à l’international”, en présence de Fanny Dreyer et Chloé Perarnau, le 8 octobre à partir de 17h sur inscription préalable avant le 5 octobre. Pour en savoir plus et vous inscrire, c’est ici.

Des questions ? Merci de vous tourner vers Morgane Batoz-Herges.

Quelques liens utiles

À quelques semaines du lancement de la seconde édition de Culture Moves Europe, financé par le programme Europe Créative de l’Union européenne, qui a permis de soutenir plus de 7000 artistes et professionnel·les de la culture sur la période 2022-2025, Bela, la SACD et la Scam, en partenariat avec le bureau Europe Créative Wallonie-Bruxelles et le réseau On the Move, organisent le 8 octobre à la MEDAA une rencontre européenne sur la question centrale de la mobilité artistique, en Europe et à l’international.

Les périodes de mobilité artistique, notamment à l’international, représentent des étapes clés dans un parcours professionnel. Elles répondent à plusieurs besoins régulièrement exprimés par les auteurs et les autrices (voir dans le secteur du livre l’étude Bela sur la situtation socio-économique des auteurs et autrices de livres en Fédération Wallonie-Bruxelles): rémunération, reconnaissance, visibilité, réseautage, mais aussi temps et espace pour créer.

Et pourtant, trop peu d’entre eux et elles connaissent ou accèdent réellement à ces opportunités. Les dispositifs existants restent souvent complexes, inégaux, parfois précaires. Et dans un contexte de coupes budgétaires généralisées, les conditions mêmes de la mobilité sont fragilisées.

Cette rencontre sera l’occasion de répondre collectivement à un certain nombre de questions essentielles: qu’est-ce qu’un “bon” projet de mobilité ? Qui peut circuler, avec quels soutiens, et à quelles conditions ? Quels sont les freins systémiques qui pèsent encore sur ce droit fondamental ? Quels leviers peut-on activer, notamment au niveau belge et européen, et avec quels moyens concrets ?

Cet événement s’inscrit dans le cadre des Rencontres européennes de la MEDAA organisées tous les trois mois pour porter un éclairage sur l’actualité européenne touchant les auteurs et les autrices. La dernière portait sur l’IA dans le secteur du livre en Europe, compte-rendu à lire ici.

Programme

  • 17: 00 – Ouverture des portes & accueil
  • 17:30 – Rencontre modérée par Morgane Batoz-Herges, responsable du pôle européen de la MEDAA, avec notamment Malgorzata Szlendak, responsable du dispositif Culture Moves Europe à la Direction générale Éducation et Culture de la Commission européenne, Marie Le Sourd, secrétaire générale du réseau On the Move, ainsi que les autrices et illustratrices Fanny Dreyer et Chloé Perarnau, qui présenteront le soir même leur exposition “Habiter le paysage/ Habitar el paisatge” réalisée à l’occasion d’une résidence à Barcelone soutenue par Culture Moves Europe.
  • 19:00 – Échanges avec le public
  • 19:30 – Cocktail et vernissage de l’exposition de Fanny Dreyer et Chloé Perarnau

Informations pratiques

La rencontre se déroulera à la MEDAA, rue du Prince royal 87, 1050 Ixelles.

La participation à cette rencontre est gratuite mais l’inscription est obligatoire. Pour y assister, merci de bien vouloir vous inscrire avant le 5 octobre ici.

Pour toute question, merci de vous tourner vers Morgane Batoz-Herges.

Avant la rencontre : quelques liens utiles

À l’occasion du BD Comic Strip Festival de Bruxelles, la Scam viendra à votre rencontre lors d’une permanence dans le cadre des Pitch Days qui auront lieu à la Gare Maritime le 26 septembre prochain.

Le Musée de la Bande Dessinée et l’Association Raymond Leblanc organisent, le vendredi 26 septembre 2025, une journée de rencontres professionnelles entre jeunes auteur·ices et maisons d’édition. Ces Pitch Days se tiendront à la Gare Maritime, sur le site de Tour & Taxis, de 10h à 16h30.

Deux sessions auront lieu durant la journée : une première en matinée, de 10h à 12h30, avec notamment Casterman, Dupuis, Le Lombard, Sarbacane ou Médor et une seconde en après-midi, de 14h à 16h30, qui réunira entre autres Albin Michel, Delcourt, Glénat, Fluide Glacial,… Chaque maison recevra une dizaine d’auteur·ices par session et les rencontres, limitées à dix minutes, permettront un premier contact direct avec les éditeur·ices.

Permanence de la Scam

Tout au long de la journée, la Scam, en tant que partenaire de l’événement sera présente lors d’une permanence durant laquelle notre équipe se tiendra à votre disposition pour répondre à vos questions liées à la gestion de vos droits, à la déclaration de vos œuvres, aux bourses proposées ou encore à l’adhésion.

Nous avons hâte de vous rencontrer !

En pratique

  • La permanence de la Scam aura lieu le vendredi 26 septembre de 10h à 16h30 à la Gare Maritime (Tour & Taxis).
  • La participation est gratuite, mais si vous avez une question complexe, n’hésitez pas à nous en faire part à l’avance, afin que nous puissions vous faire la réponse la plus complète et précise possible : actionculturelle@scam.be

Pour aller plus loin

Cinéaste dans la petite trentaine, Maxime Jean-Baptiste aime fouiller la mémoire et les archives pour lutter contre l’histoire imposée. Après trois courts-métrages, il a réalisé en 2024 son premier long. Kouté vwa est sélectionné dans plusieurs festivals, dont celui de Locarno, et aux Etats généraux du film documentaire de Lussas du 17 au 23 août.

Comment êtes-vous tombé dans le cinéma documentaire ?

Au départ, j’étais très intéressé par la fiction. J’ai commencé des études à l’école de recherche graphique (l’erg, ndlr) à Bruxelles, et l’une des professeurs était Manon de Boer qui est une vidéaste hollandaise. Voir ses films m’a clairement ouvert au documentaire, assez proche de l’expérimental dans son cas. Elle m’a aussi montré d’autres films et au final d’autres façons de faire du cinéma que par la fiction. J’ai commencé à faire mes propres films, les trois premiers ont été des courts-métrages qui réunissaient des images d’archives.

Comment vous vient le sujet d’un film ?

J’ai beaucoup traité dans mes films de la Guyane. C’est un territoire dont je suis originaire et qu’il est important pour moi de travailler, surtout en termes d’images car il y a beaucoup d’images parfois fausses qui sont renvoyées de la Guyane. A la fois vue d’un côté folklorique ou d’aventure, et d’un autre côté de manière très négative avec le commerce de l’or ou la violence. Pour moi le cinéma permet de proposer d’autres images et in fine de sortir des clichés. Le plus souvent les sujets me viennent des choses qui me touchent. Et j’ai beaucoup travaillé sur ma famille (comme dans les courts-métrages Nou voix, 2018, et Moune Ô, 2021, ndlr).

Et une fois que l’envie, l’idée du sujet est là, quel est votre processus de création ?

Ça dépend à chaque fois des films. Mais je démarre avec des inspirations et des références. Donc souvent, je commence par me faire un moodboard, c’est un espace avec plein de références d’images, de films que j’adore, qui me touchent et dont j’aimerais retrouver les sensations. Ça m’aide toujours à définir ce vers quoi je veux aller, en termes de ressenti. Et après, je travaille beaucoup avec des archives, et avec la réflexion qu’elles induisent sur l’image, sur la façon dont on fait des images. Donc je pars toujours d’images préexistantes.

Pourquoi la mémoire et l’histoire coloniales vous travaillent-elles tant ?

Souvent dans l’histoire de la Guyane, des outre-mers et plus largement coloniale, on est face à une mémoire qui nous est imposée, avec des images qui le sont tout autant. Or ce n’est pas forcément ça, notre mémoire et il y a un combat à mener pour le dire. Le cinéma peut être une porte pour créer une mémoire alternative. D’autant que c’est un art qui charrie l’écrit, mais aussi la voix, le chant, la musique qui sont très importantes dans la culture guyanaise. Pour moi, c’est un enjeu crucial de penser depuis le territoire, depuis le vécu des gens.

Votre dernier film, Kouté vwa, poursuit dans cette veine en s’approchant au plus près du deuil des proches de votre cousin Lucas Diomar poignardé en 2012. C’est un long-métrage, écrit avec votre sœur Audrey Jean-Baptiste, et qui mêle un peu de fiction au documentaire. Comment met-on en scène des histoires quand elles sont liées à des traumatismes, d’autant plus quand plusieurs des protagonistes du film les ont vécus et ne s’en sont pas tous remis ?

C’est une vraie question dans le documentaire quand on travaille avec des personnes réelles qui partagent leurs vraies histoires, qui sont à la caméra, qui viennent y raconter leurs vécus. Je pense que c’est un enjeu de positionnement pour le réalisateur, la réalisatrice de savoir où se situer et comment faire avec ces vécus-là. Pour moi c’est une vraie question d’éthique qui nous a traversés pendant tout le processus de création du film. Audrey et moi avons beaucoup avancé dans l’écriture avec des contre-exemples, avec des films où l’on sentait à travers les personnes filmées qu’il y avait une gêne, qu’il y avait une sorte d’exploitation mise en place par le réalisateur ou l’équipe de production pour exploiter des vécus. Ce dont on ne voulait surtout pas. Alors on a choisi d’être à l’écoute de ce que voulaient les personnes qui nous racontaient leur histoire et aussi du comment elles voulaient la raconter, la mettre en images. Les personnes avec qui j’ai filmé avaient énormément d’idées, on a fonctionné en collaboration, et c’est vrai que ce n’est pas fréquent dans le cinéma documentaire.

Cela a dû être très délicat à gérer en tant que réalisateur ?

Oui, c’était une expérience particulière. Ça demande beaucoup. On a, par exemple, fait plusieurs tournages parce qu’on voulait que les personnes puissent s’habituer à cette manière de tourner. Ce qui était aussi un risque financier. Mais au-delà, ça demande à chaque fois de ne pas savoir exactement où on va, de se laisser porter par le réel, par ce qui est proposé. En même temps, j’avais un cadre assez précis grâce au scénario écrit avec Audrey et ça a été une très bonne balise. C’était d’autant plus précieux que nous sommes très proches des personnages.

Dans tout le processus de création de Kouté vwa, qu’est-ce qui a été le plus ardu ?

Le plus difficile, ça a été le travail avec Nicole et Yannick, les protagonistes secondaires, car ils sont très touchés par l’histoire. A chaque scène avec eux, j’avais peur qu’ils quittent le projet parce que c’était trop dur pour eux. Nicole a eu beaucoup de mal avec la caméra documentaire, c’était trop intrusif. Mais finalement, elle s’est détendue dans les scènes de fiction. Pour Yannick, quel que soit le dispositif, c’était difficile car il est toujours traumatisé et à chaque fois, nous on avait peur de faire plus de mal qu’autre chose.

Vous êtes sorti comment de ce tournage ?

C’est une expérience assez unique qui a fait du bien car on créait un vrai hommage à Lucas, à cette histoire-là. Ce n’est plus seulement un fait divers maintenant, c’est aussi un film. Et peu de gens se posent la question de savoir comment vivent les proches après un meurtre, comment ils font leur deuil, comment ils font face au sentiment de vengeance qui est très destructeur. Ce sont des vécus invisibles.

Mais si ça reste très important pour moi de rester au plus proche des émotions dans mes prochains films, je ne vais pas retravailler avec ma famille de façon aussi proche car c’est très dur. Je n’en sors pas indemne. Personne d’ailleurs. Après, on est content du résultat du film. Mais pour le prochain, j’aimerais faire plus attention, prendre plus soin de ces questions-là.

Justement, avez-vous un projet en vue ?

Oui, je suis au tout début de l’écriture d’un projet lié à une expérience que j’ai vécue en tant que figurant sur un tournage. J’aimerais adapter cette expérience-là en réfléchissant sur le cinéma qui, sous des valeurs parfois humanistes, reproduit un système d’exploitation, reproduit de la violence.

Propos recueillis par Cécile Berthaud

 

Pour aller plus loin :

Début juillet, plusieurs fédérations représentant les auteurs et autrices et les éditeurs de livres (parmi lesquelles la Scam, l’Adeb, Copiebel, Librius, Gewu, le GAU et VAV) ont introduit une requête commune auprès du tribunal néerlandophone de l’entreprise de Bruxelles pour bloquer l’accès aux sites pirates de livres LibGen, Z-library et OceanofPDF.

Ces trois sites avaient notamment servi à alimenter les outils d’intelligence artificielle développés par Meta, en moissonnant des millions d’ouvrages manifestement illégaux.
Notre service de la documentation avait d’ailleurs identifié divers ouvrages de nos membres en Belgique.

La Scam se réjouit de la décision de justice rendue par le tribunal qui aidera à la poursuite des actions pour défendre vos droits et vos œuvres !

Après que les fédérations professionnelles d’éditeurs et d’auteurs, dont la Scam, ont déposé une requête unilatérale auprès du tribunal de l’entreprise de Bruxelles pour bloquer l’accès aux sites dits « pirates » (tels que LibGen, Z-Library, Oceanofpdf et d’autres), le président du tribunal de l’entreprise néerlandophone de Bruxelles a approuvé toutes les mesures demandées constatant, dans le cadre de cette procédure urgente, un usage illégal manifeste.

Le service compétent du SPF Économie (Service de lutte contre les atteintes au droit d’auteur et aux droits voisins commises en ligne) est maintenant chargé de prendre les mesures nécessaires, avec l’intervention des fournisseurs d’accès, des moteurs de recherche et des intermédiaires de paiement et autres intermédiaires, pour empêcher l’accès à ces sites. Le tout sous peine d’une astreinte de 500.000 €.

Contexte

En mars dernier, un article a été publié dans le magazine nord-américain The Atlantic sur l’utilisation de « livres piratés » (contenu acquis illégalement) dans le cadre de l’entraînement d’outils d’IA (« The Unbelievable Scale of AI’s Pirated-Books Problem »).
L’article fait référence à des documents dans lesquels Meta, la société mère de Facebook, entre autres, admet que le tristement célèbre réseau pirate LibGen a été utilisé pour entraîner ses grands modèles de langage (LLM’s). L’article a également rendu public un outil permettant d’identifier le volume considérable d’œuvres d’auteurices et d’éditeurs ainsi piratés dans la base de données LibGen (Library Genesis). Publiant illégalement des contenus littéraires piratés, LibGen est un énorme réseau connu depuis de nombreuses années par les sociétés de gestion collective de droits d’auteur et autres associations s’occupant du piratage dans le secteur de l’édition.

Ces dernières années, plusieurs initiatives à travers le monde ont tenté de mettre fin à ces pratiques illégales. Par exemple, un procès a récemment été intenté aux États-Unis par des éditeurs scolaires, et une injonction de blocage de sites web est entrée en vigueur au Royaume-Uni (à l’initiative de The Publishers Association). Ainsi, l’utilisation sans autorisation d’œuvres protégées par le droit d’auteur – qu’elles soient incluses dans la base de données LibGen, dans l’ensemble de données Books3 ou ailleurs – pour l’entraînement, le développement et l’exploitation de modèles d’intelligence artificielle a recueilli une très grande attention et préoccupe fortement auteurs et éditeurs.

La reconnaissance par Meta que LibGen – ainsi que SciHub et Z-Library – ont été utilisés pour former ses LLM’s, avec, ensuite, la mise à disposition publique de l’outil de The Atlantic, ont encore davantage accru la visibilité et l’ampleur de cette pratique illégale.

La collecte, le traitement et/ou le stockage d’œuvres protégées par le droit d’auteur lors de l’entraînement ou du développement de modèles d’IA commerciaux (« l’input ») provenant de sources illégales constitue une infraction manifeste à la législation belge et européenne sur le droit d’auteur.

Les résultats produits (« l’output ») faussent très probablement les règles sur les pratiques loyales, ce que la Scam étudie.

Le procès

Le 10 juillet, le cabinet d’avocats AdaStone a déposé une requête unilatérale auprès du président du tribunal néerlandophone de l’entreprise de Bruxelles.

Il s’agit d’une procédure en référé visant à saisir en urgence le président du tribunal de l’entreprise afin de prendre des mesures provisoires pour faire cesser une atteinte manifeste et considérable :

  • à un droit d’auteur,
  • à un droit voisin,
  • ou au droit d’un producteur de bases de données, commise en ligne,

et visant à obtenir des mesures pour faire cesser les infractions.

Le tribunal de l’entreprises de Bruxelles a rendu son ordonnance ce 16 juillet 2025.

Toutes les mesures demandées ont été approuvées par le tribunal, et assorties d’une astreinte de 500 000 euros.

Le Service de lutte contre les atteintes au droit d’auteur et aux droits voisins commises en ligne institué au sein du SPF Économie devra maintenant exécuter le jugement. L’ordonnance a été notifiée à ce service le vendredi 18 juillet. Le département du SPF va à présent décider des mesures à prendre pour le bon suivi de ce dossier.