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Lettre ouverte à Madame La Ministre

Mercredi 17 Janvier 2024

Triste nouvelle dans le paysage littéraire belge : les éditions ONLIT cessent leurs activités.

Comme nous l'avons déjà souligné maintes fois ces dernières semaines, le secteur des Lettres et du Livre est laissé pour compte des décisions de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour rappel, les montants alloués aux programmes de ce secteur ne représentent que 0,4% de l’ensemble du budget culturel. Une réalité qui ne permet pas de soutenir, ni de sauver les éditeurs de qualité, ni de sortir de la précarité les auteurs et autrices. 
Face à ce triste et grave constat, nous adressons cette lettre publique à la ministre de la culture Bénédicte Linard et espérons pouvoir obtenir une réponse en vue d'améliorer la situation en mettant en place des mesures significatives très rapidement.

Madame la Ministre,
Chère Bénédicte Linard,

Il y a quelques semaines, après l’annonce des décisions budgétaires prises en conclave, nous vous avions alerté personnellement sur la situation de crise dans laquelle se trouve le secteur des Lettres et du Livre, notamment dans le domaine littéraire.

La crise s’approfondit, tant sur le terrain que dans l’administration.
Des mots très durs ont été tenus à la CCEL qui témoignaient de l’inquiétude profonde existant dans nos métiers, du sentiment d’être méprisés précisément. Cela vous a été rapporté certainement.

L’annonce de l’arrêt des activités de ONLIT est désastreuse pour la création littéraire belge francophone, le dernier pan d’autonomie éditoriale, la littérature, s’effondre laissant les auteurs et autrices ainsi que leurs œuvres à l’abandon. Destination Pilon, voilà ce qui sera retenu de l’action du gouvernement alors que tant d’énergie collective a été dépensée ! 
La BD et le scolaire/pédagogique avaient déjà été cédés dans l’indifférence politique générale, il y a de quoi désespérer.

Il n’y a pas d’alternative au travail de cet éditeur qui n’a pas été soutenu comme il aurait été juste et efficace de le faire dans le cadre d’une politique de filière véritable. Une simple convention similaire à celle d’une petite compagnie théâtrale aurait suffi à passer le cap…. 200 ont été distribuées en arts de la scène il y a quelques semaines, il s’agit donc bien de choix politique accentuant les déséquilibres historiques.

D’autres éditeurs ont fait connaître leurs difficultés alors qu’une inflation de plus de 40 % de leurs coûts de fabrication pèse sur toutes les nouvelles productions. Vous en êtes informée. L’ensemble du dispositif de soutien aux auteurs et autrices et aux éditeurs et éditrices, comme sa gestion, doivent être immédiatement revus en partenariat avec le Pilen. Il s’agit aussi, nous le soulignons encore une fois, de prendre en compte la réforme fiscale et sociale fédérale dans les analyses, ce qui n’est toujours pas fait collectivement.

Une grille de lecture dépassée s’est encore imposée, canalisant toutes les ressources vers les arts de la scène et l’action socio-culturelle, et laissant les autres secteurs, les plus fragiles, à leurs difficultés, sans stratégie alors que l’irruption de l’IA, pillant les oeuvres, les frappe de plein fouet encore plus que d’autres.

Cette absence d’action soulève une forme d’indignation chez les auteurs et les autrices que nous devons aujourd’hui vous répercuter. Elle aura des impacts négatifs sur tous les programmes en aval de la création/édition, comme Lisez-vous le belge, les achats groupés, les animations en classe (etc…). Au bout du compte, certains ne manqueront pas d’avancer l’inutilité de prévoir une chambre de concertation et un budget dédié à des sujets aussi marginaux dans la politique culturelle globale.

Pourtant, le contexte de fin de législature n’interdit nullement d’agir pour répondre à la crise, ni de préparer l’avenir par des décisions courageuses qui engageraient la prochaine majorité dans la direction d’une indispensable nouvelle politique culturelle plus équitable et plus cohérente avec ses objectifs proclamés.


Veuillez agréer, Madame la Ministre, Chère Bénédicte Linard, nos sentiments navrés.

Pour le comité belge de la Scam,

Isabelle Rey, Présidente
Frédéric Young, Délégué général pour la Belgique


 

Revue de presse

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