« Saluons cette œuvre rare : un cinéma qui prend soin du cadre autant que des êtres, et qui, par cette retenue même, ouvre un espace de dignité. » quelques mots pour se plonger dans l’univers d’Ève Duchemin qui reçoit le Prix de LaScam du parcours audiovisuel pour l’ensemble de son œuvre. Découvrez à cette occasion l’éloge écrit en son honneur par le Comité ainsi qu’un entretien passionnant avec elle.

L’éloge du Comité

Nous avons choisi de célébrer le parcours d’Ève Duchemin, une réalisatrice dont l’œuvre nous accompagne, nous inspire et nous émerveille depuis des années. Il y a, dans son cinéma, une question d’éthique avant d’être une question de mise en scène : celle de l’engagement auprès de l’autre, qui vous laisse entrer dans sa vie. Quand quelqu’un vous confie son histoire, son image, il ne s’agit plus seulement de filmer, mais de se tenir avec justesse, sur un seuil : ni trop près pour ne pas envahir, ni trop loin pour ne pas abandonner.

Caméra au poing, Ève fait corps avec ses protagonistes et crée une ouverture insoupçonnée dans leurs vies, mais aussi dans la nôtre : entre elleux et nous, une rencontre. Des visages, des corps, des voix entrent dans nos mémoires et nous habitent. Le temps du film, les protagonistes se transforment, reprennent conscience de soi, de leur force, de leur identité, et nous transforment à leur tour, en déplaçant notre regard.

De film en film – Avant que les murs tombent, Sac de nœuds, L’Âge adulte, En bataille, Temps mort, Petit rempart – du documentaire à la fiction, Ève observe les institutions et leurs règles depuis ce point d’entrée intime, là où une vie se négocie à chaque porte, à chaque regard. Nous, membres du Comité belge de LaScam, saluons cette œuvre rare : un cinéma qui prend soin du cadre autant que des êtres, et qui, par cette retenue même, ouvre un espace de dignité.

Pauline Beugnies, Coline Grando, Jasna Krajinovic, Alexe Poukine et Mathieu Volpe

 


 

Prix LaScam du parcours audiovisuel : Eve Duchemin

 Née en France et formée en image à l’INSAS, Eve Duchemin est connue pour ses documentaires multi primés (Avant que les murs tombent, L’âge adulte, En bataille,) et sa fiction Temps Mort, récit de trois prisonniers en permission. Son dernier film Petit Rempart tisse le portrait de Mariem, une femme parmi celles qui échouent au Centre d’accueil d’urgence de la rue du Petit rempart, géré par le Samusocial de Bruxelles. Un portrait puissant, immersif, délicat et plein d’humanité – à l’image du cinéma de Duchemin, nourri des visages et des récits de personnes considérées « à la marge » qu’elle remet au centre.

Premier souvenir de cinéma

Petite, je ne sais plus. C’est toujours difficile de mettre les choses dans l’ordre. Mais je sais qu’adolescente, j’ai eu deux chocs esthétiques : devant Gummo de Harmony Korine, et Une femme sous influence de John Cassavetes. J’ai un frère handicapé mental léger, et toute mon enfance, c’était à moitié du rire, et à moitié des moments d’effroi inexplicable. Alors quand j’ai vu Gummo, je me suis dit mais c’est génial qu’il en fasse un film. Pour Une femme sous influence, ma mère m’emmenait voir des films de Cassavetes et j’avais du mal à les comprendre, mais la rébellion de cette femme m’a beaucoup parlé. Je voyais cette actrice jouer la démesure de la perte, et je trouvais l’image hyper belle.

Premier fim (docu) : Ghislain et Liliane, couple avec pigeons. 

En arrivant en Belgique, j’ai suivi des potes qui vivaient en Wallonie. On devait réaliser des exercices de radio, alors je suis allée prendre du son, et j’ai interviewé pas mal de mineurs. C’est comme ça que j’ai découvert la colombophilie. C’était une sorte de cerise sur le gâteau de cette poésie de la mine, de la noirceur et de la dureté du travail. Savoir que ces mecs allaient sous terre en pensant à leurs pigeons, ça me rendait dingue. J’ai commencé à traîner dans des bars colombophiles – je viens d’un restaurant familial parisien, donc j’ai toujours vécu dans les bistrots. Je me suis fait des amis, dont ce couple, Ghislain et Liliane. Comme il restait du budget j’ai postulé à l’Atelier de Réalisation qui ouvrait la commission aux techniciens. Et mon projet, quoique foutraque, intuitif, moi qui n’avais jamais écrit de dossier, fut choisi. C’était lors d’un été caniculaire, où Ghislain mourait, donc je n’ai pas pu le filmer en train de faire voler ses pigeons. Mais ne pas filmer ce que j’avais prévu m’a forcée à inventer une espèce de poésie avec le réel, et avec eux, qui ne bougeaient plus. Dès ce premier film, je n’ai jamais lâché cette caméra – qui regarde, qui parle, qui indique au spectateur d’où on regarde. Plus on traverse des années de fake news et d’IA, plus c’est important d’avoir une éthique du regard. Et aussi de la douceur, du lien. Une espèce de dignité. On fait un film ensemble, tu n’es pas un sujet d’étude.

Premier festival : Les Etats Généraux du Film Documentaire, Lussas

Ghislain et Liliane a été sélectionné à Lussas. J’étais encore très timide, incapable de parler. Aller à Lussas a sûrement changé le cours de ma vie. Ce film était un accident, un adieu à ce vieil homme que j’aimais. Les gens de Lussas me disaient que c’était un film. Me parlaient d’un « geste de cinéma », me demandaient quels étaient mes projets futurs. Alors j’ai recommencé. Si je n’étais pas allée a Lussas cet été-là, peut être serais-je devenue, comme il était prévu après mes études, assistante caméra ou électro. Peut-être ne serais-je jamais devenue cinéaste. Je n’aurais jamais osé.

BANDE-ANNONCE : TEMPS MORT https://www.youtube.com/watch?v=Ro_OYzGDbIo

Premier film (de fiction) : Temps Mort

Avec Temps Mort, j’ai découvert qu’on dirige les acteurs comme on filme des personnages en documentaire. Avec Karim Leklou, l’entente était dingue. Bon, c’est un Stradivarius, mais on était extrêmement précis, même de loin. C’était étonnant de découvrir qu’on sait faire un truc qu’on ne savait pas qu’on savait faire. J’ai adoré cette première expérience de fiction, même si j’ai détesté la finalité des festivals de fiction, que je trouve moins intéressants que les festivals documentaires. Il y a une espèce de plafond de verre. Et puis pour faire un plan de 3 mecs dans une bagnole, faut bloquer l’autoroute… Je trouve qu’il y a une démesure dans la fiction, alors que le documentaire ne demande la permission à personne. C’est une liberté que j’ai depuis 20 ans, et en fiction, ça m’a un peu empesée.

BANDE-ANNONCE : PETIT REMPART

https://www.youtube.com/watch?v=DWIbBKjyG7E

Dernier film : Petit Rempart

Ça m’a fait un bien fou de repartir seule avec une caméra. Je voulais faire un film sur la précarité des femmes, surtout après le Covid. Mais au début du tournage, je me disais « j’espère que je ne me plante pas en donnant la parole à une femme qui n’est pas représentative de la majorité des femmes du Samu Social ». Et puis, plus je filmais, plus je réalisais que le réel sujet était la violence. Faite aux femmes. La violence conjugale notamment. Et que la puissance du documentaire se trouvait là.  Alors filmer Mariem devenait une évidence. Si Mariem tombait, je pouvais tomber. Toutes mes copines pouvaient tomber. La violence est dans toutes les strates de la société, et précarise inévitablement les femmes. C’était vertigineux de comprendre ça. C’est bien quand les films nous racontent des choses qu’on n’avait pas prévues. C’est tout l’intérêt du docu.

Prochain film : Les Titans

C’est un film sur mon frère. C’est un vrai défi. C’est le côté personnel aussi. Je dois déconstruire ma propre honte du regard que j’ai eu sur mon frère ! Quelqu’un qui, même s’il n’a pas tout reçu à la naissance, s’est battu, aime sa femme et sa fille plus que tout, et au final réussit quelque chose que moi-même j’ai pas réussi à faire : avoir une vie stable et posée (rire). Mais je pense que, quoique cette démarche soit un peu différente, plus intime aussi, je réalise que je fais toujours le même film. Depuis toujours. C’est d’ailleurs la seule chose qui me rassure dans ce projet gargantuesque. Ce qui m’intéresse surtout, c’est la même chose que dans tous mes films : engager une déconstruction du regard sur des gens qu’on met vite à la marge, alors qu’ils ont des vérités à nous dire. Que le plus beau de la vie, c’est l’accident. L’accident à la naissance, l’accident de parcours. Que cette manière qu’ont ces gens de tenter de se relever, de s’élever, nous donne les plus belles leçons de savoir-vivre qui soit. Et que peut-être, le fait de poser la caméra sur eux, et qu’ils en soient secoués, qu’ils traversent cette drôle de sensation que ce qu’ils sont et ce qu’ils ont à dire vaut la peine, c’est peut-être la sensation la plus dingue au monde pour moi. Je suis prête à déplacer des montagnes et piller les commissions pour que ces gens-là s’expriment, et soient vus.

Propos recueillis par Elli Mastorou

Pour aller plus loin

L’Assemblée générale de LaScam s’est clôturée ce jeudi 11 juin avec l’élection pour le renouvellement d’une partie du Comité belge. 3 auteurs et autrices ont été élu·es pour un mandat de 4 ans. Découvrez la composition du Comité qui vous représentera pour la saison 2026-2027 !

Trois nouveaux et nouvelles membres ont rejoint le Comité pour un mandat de 4 ans

Thilde Barboni — répertoire de l’écrit (texte et image)

Traductrice et psychologue clinicienne de formation, Thilde Barboni a enseigné la traduction, l’interprétation, la psychologie, en tant que Professeur au sein de la Faculté de Traduction et d’interprétation de l’Université de Mons (de 1985 à 2022).
Elle est l’auteure de nombreuses nouvelles publiées dans diverses revues et journaux, d’une dizaine de romans publiés en Belgique (Le Cri, Luce Wilquin), en France (Calmann-Lévy) et en Suisse (Favre), dont certains ont été traduits en allemand et en coréen.
Elle a signé des pièces de théâtre mises en scène au Théâtre royal du Parc de Bruxelles (Imprévus dans un musée, saison 2003 ; Maison de vacances, saison 2008), des feuilletons radiophoniques (Victor Hugo, voyageur amoureux ; Simenon, une vie ne suffit pas, diffusés sur la RTBF et Radio Canada).
Scénariste de romans graphiques, elle a signé une dizaine de bandes dessinées pour les éditions Dupuis traduits en de nombreuses langues (espagnol, italien allemand, anglais, japonais, polonais, etc.)
Membre à plusieurs reprises de jurys : Prix Première-RTBF du premier roman 2010, 2011, 2013 ; Membre du jury de la Ligue d’improvisation belge 2015 ; Prix Victor Rossel, prix SCAM de l’innovation en bande dessinée 2019 ; Membre du jury du Prix Nemo de la BD 2026.

Clara Beaudoux — répertoire audiovisuel

Après une formation en journalisme (Cuej, Strasbourg, 2007), elle travaille plusieurs années dans les stations locales de Radio France puis au site Internet de France Info. En parallèle elle expérimente de nouveaux formats pour le web : Je ne suis plus la même ou comment le cancer du sein m’a changée (webdocumentaire pour Le Monde, 2010), Mon veau s’appelle Hashtag (long format pour France Info, 2014), Chroniclip (Arte Creative), etc.
En 2015 elle se forme à la réalisation documentaire aux Ateliers Varan à Paris. La même année, elle lance le Madeleine project à partir d’objets retrouvés dans la cave de son appartement parisien : un projet transmédia en 5 saisons sur Twitter, deux livres (l’un d’eux traduit aux USA) et une exposition itinérante qui se poursuit encore dix ans plus tard.
Elle réalise des courts métrages, des créations sonores, des vidéoclips musicaux : Sur le fil d’Ariane (Gsara, Bruxelles, 2022, Sélection Festival Punto de Vista Espagne), Une place au soleil (Bruxelles, 2020, Sélection Festival Premiers Plans Angers), Les mots d’Isidore III (France Culture, 2019), Il était une poire (Prix FranceTV “Filme ton quartier” 2018).
En 2025 elle sort son premier long format documentaire Beau comme un tracteur (Arte France et Squawk, 49’) qui obtient le prix du Jury Jeune au Brussels Art Film Festival 2025 ainsi que le prix du Jury Jeune au festival A travers champs 2026.
https://www.clarabeaudoux.net/

Luc Jabon — répertoire audiovisuel

Né à Bruxelles, Luc Jabon écrit des scénarios et réalise des films depuis plus de 40 ans.
Il a co-scénarisé de nombreux films belges, dont Le Maître de musique de Gérard Corbiau, Babylone de Manu Bonmariage, le Voyage d’hiver et Marie de Marian Handwerker, la Cantate de Tango de Diego Martinez Vignatti.
Il a également co-scénarisé des téléfilms, dont Une sirène dans la nuit de Luc Boland, La Colère du Diable de Chris van der Stappen, Avec le Temps de Marian Handwerker et Des Roses en Hiver de Lorenzo Gabriele.
Il a réalisé un long-métrage de fiction, Les Survivants.
Tout en co-scénarisant de multiples documentaires, il a réalisé :

  • De clou à clou, court-métrage d’art sur la Biennale de Venise
  • Le diable dans la philosophie, fiction documentée, Sélectionnée au Festival de Montréal 1990 et à Filmer à tout prix 1991
  • Trio Bravo ! documentaire musical sur le groupe Trio Bravo
  • La vie d’un lecteur au temps de la fin du livre, sélectionné au Fipatel (marché sélectif du FIPA, à Biarritz), en sélection officielle à la Documenta de Madrid 2005, sélectionné hors-compétition au Festival international du Film Francophone à Namur, et au MEDIMED 2005
  • L’Age de Raison, le cinéma des frères Dardenne, co-réalisé avec Alain Marcoen,
  • Au-delà des mots, le cinéma de Joachim Lafosse, sélectionné au Festival International du Film sur l’art à Montréal en 2018
  • Bruxelles-Brussel, une traversée urbaine
  • Mirano 80, l’espace d’un rêve, co-réalisé avec Thomas Purcaro Decaro
  • Pourquoi encore penser (à l’heure de l’intelligence artificielle) ? sélectionné au Festival Ciné Citoyen des 2 Morin, au Festival Traces de Vies, au Printemps Numérique à Bruxelles et à Montréal, au Mois du Doc et prochainement à Rennes, au Théâtre national de Bretagne
  • Picha, envers et contre tout, sélectionné au Festival ANIMA (2025), au Festival Offscreen et à la cinémathèque québécoise à Montréal

Il est en écriture d’un nouveau projet : Comment encore ralentir quand tout s’accélère ?
Longtemps professeur de scénario à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion), il a publié aux Editions du Nouveau Monde Scénario et Réalisation, modes d’emploi ? écrit en collaboration avec Frédéric Sojcher.
Engagé dans l’associatif pour la défense des intérêts des autrices et des auteurs, il a présidé la fédération Pro Spere dont il fait toujours partie et qui réunit l’ensemble des fédérations professionnelles de l’audiovisuel.
Il a été membre du Comité belge de la SACD.

Le Comité belge de LaScam en 2026-2027

Présidé par Pascaline David (littérature), le Comité est composé de :

  • Muriel Alliot, sonore
  • Thilde Barboni, écrit
  • Clara Beaudoux, audiovisuel
  • Sylvia Botella, formes émergentes
  • Pascaline David, littérature
  • Coline Grando, audiovisuel
  • Ihsane Haouach, littérature
  • Luc Jabon, audiovisuel
  • Jasna Krajinovic, audiovisuel
  • Marie Lemeland, littérature
  • Chedia Le Roij, sonore
  • Myriam Leroy, littérature
  • Alexe Poukine, audiovisuel
  • Mathieu Volpe, audiovisuel

Les membres sortants

Un immense merci à Fabienne Blanchut qui quitte le Comité à l’issue de son mandat, ainsi que Pauline Beugnies et Alexe Poukine (ayant démissionné). Merci pour la richesse des discussions, la qualité de nos échanges, pour votre engagement sans faille et votre militantisme à la fois enthousiaste et déterminé. Merci aussi pour vos contributions toujours pertinentes, votre regard attentif et bienveillant sur les nombreux dossiers traités…

Pour aller plus loin

Pour tout savoir sur le Comité et ses missions, c’est par ici :

« Derrière les motifs du wax se dessine une vérité simple : rien n’est jamais seulement esthétique. Tout est politique » : quelques mots pour se plonger dans l’univers de Justine Sow qui reçoit le Prix de LaScam de la BD pour Wax Paradoxe. Découvrez à cette occasion l’éloge écrit en son honneur par le Comité ainsi qu’un entretien passionnant avec elle.

L’éloge du Comité

On ne sait pas très bien, en lisant cet ouvrage, s’il s’agit d’une ode à la transmission ou à la pluralité des identités. Peut-être les deux. À travers cette bande dessinée, Justine Sow nous entraîne dans l’histoire sinueuse du wax et dans les fils entremêlés reliant l’Europe et l’Afrique, l’ancien colonisateur et l’ancien colonisé.

Au fil de sa recherche, l’héroïne remonte la trace de ce textile devenu emblème africain, dont les versions les plus prestigieuses sont pourtant fabriquées aux Pays-Bas à partir d’imitations industrielles du batik indonésien. Derrière les motifs et les couleurs se déploie une histoire dense, faite de circulations commerciales, d’héritages coloniaux et d’appropriations culturelles. Le wax apparaît alors comme bien plus qu’un tissu : un objet politique, économique et social.

Mais ce récit est aussi profondément intime. Tiraillée entre deux cultures, l’héroïne explore ce sentiment diffus d’être parfois regardée comme un objet plutôt que comme un sujet, y compris parmi ses proches. Jusqu’au moment où elle choisit de disparaître pour mieux se retrouver, d’effacer les regards extérieurs pour s’habiller de ce qu’elle est.

Faut-il voir dans le wax une forme de dépossession culturelle ou, au contraire, la célébration d’un monde métissé où les identités circulent et se transforment ? Justine Sow ne tranche pas. Elle invite plutôt les lecteurs et lectrices à interroger ce morceau de tissu devenu le miroir de nos histoires mêlées.

Car derrière les motifs du wax se dessine une vérité simple : rien n’est jamais seulement esthétique. Tout est politique.

Ihsane Haouach

 


 

Justine Sow : caméléon, mais pas trop

Née à Bruxelles d’une mère belge et d’un père peul d’origine guinéenne, Justine Sow a un parcours atypique. Formée non seulement en journalisme à l’ULB mais aussi en communication des entreprises à l’IHECS et en migration, diversité ethnique et relations interculturelles à l’ULB/ULg, déjà depuis 2008 en exercice (actuellement chez RTL-TVI), elle s’est ressaisie à l’âge adulte du dessin, ce terrain de jeux déjà exploré durant une enfance où créativité et curiosité étaient encouragées par sa famille.

Malgré la solide habitude de se documenter et d’écrire, celle qui a le souci du travail bien fait a souhaité retourner sur les bancs d’école à Saint-Luc (Bruxelles) sans prendre l’art de la bande-dessinée pour inné, afin de saisir pleinement ce qu’implique d’associer avec sensibilité texte et images. C’est son enseignante Loo Hui Phang (scénariste et autrice) qui, alors même que l’apprentie bédéiste n’a pas encore terminé son master, la met en contact avec Bayard Graphic’ et le Musée de l’Homme (Paris), à la recherche d’un e auteur rice pour donner un éclairage plus incarné qu’un catalogue sur l’exposition Wax. Mais ce coup de pouce de départ n’aurait rien pu donner sans être doublé d’un plan de travail ancré et régulier et d’un entourage en mesure de l’épauler face à une telle opportunité. Alors jeune maman, Justine Sow passe pendant des semaines ses soirées et des morceaux de nuit dans un bureau de coworking (une opportunité permise par un ami), pour être dans les temps d’un calendrier de publication serré. Au sortir de cette période de montagnes russes, c’est une bande-dessinée d’apprentissage nuancée qui sort de presse et lui permet d’être aujourd’hui récipiendaire du prix LaScam Belgique Texte et Image.

Ta première bande-dessinée, Wax Paradoxe, débute sur une vignette représentant un caméléon. En quoi est-ce que ça dit aussi quelque chose de ta propre faculté d’adaptation ?

Justine Sow : J’ai eu l’idée de cette image en entendant une jeune réalisatrice bruxelloise – je ne me souviens malheureusement pas de son nom – dont la mère est norvégienne et le père est maghrébin. Elle expliquait que lorsqu’elle demandait des subsides, elle gommait le plus possible cet héritage paternel, par peur d’être associée à certaines images, certains clichés. Que sa double identité impliquait parfois qu’elle se fasse caméléon. Et je trouvais ça fort comme image parce que souvent, pour éviter qu’on nous assigne à une identité ou qu’on nous colle une étiquette (qui entrerait en tension avec la façon dont on se sent réellement), on doit lisser nos aspérités. C’est une stratégie pour avoir la paix mais qui n’est pas toujours payante à long terme, parce que c’est aussi voir s’évaporer des pans de soi, parfois les plus précieux.

Tu choisis le point de vue d’une narratrice étudiante en design textile qui a tout à apprendre du wax, pourquoi ?

Justine Sow : Comme mon personnage, j’avais tout à apprendre de l’histoire du wax. Mon père est originaire de Guinée, où on valorise plutôt le lépi, un tissu traditionnel. Ma grand-mère m’avait un jour offert un wax mais qui, si je l’ai conservé, est longtemps resté dans un placard. C’est en imaginant le croisement narratif entre le wax et l’identité métisse que j’ai trouvé davantage d’échos personnels dans cette histoire. Je voulais que Sophia ait une occasion de reconnexion avec sa singularité et ça m’a permis d’aborder, à hauteur de personnage, des sujets comme les micro-agressions ou la fétichisation.

Néophyte, tu l’étais toi aussi dans ce second métier – est-ce que ça signifiait des responsabilités que tu n’anticipais pas nécessairement ?

Justine Sow : Le plus grand apprentissage a été de mesurer la responsabilité qu’implique le fait de s’exprimer publiquement, et ce, devant un public parfois varié (adulte, mais aussi lycéen, par exemple). Il a fallu bien préparer les sujets abordés dans la BD, tels que l’appropriation culturelle notamment, ou les rapports de domination, car ce peut être des terrains glissants. Etre autrice, c’est partager sa vision du monde et il ne faut rien laisser au hasard, me semble-t-il.

Quel type de conversations est-ce que le livre a suscité ?

Justine Sow : Je me suis rendu compte combien, au-delà de son ambivalence, le wax  – et le textile en général – permet des discussions sur la transmission et l’héritage. Lors de certains clubs de lecture auxquels j’ai participé – parfois à distance – j’ai pu observer que de nombreux pans d’histoires personnelles étaient tus entre les générations (par pudeur, souvent). Des lecteur·ices m’ont dit que la BD a été le point de départ d’échanges intimes avec certains de leurs proches autour de tissus ou objets importants au sein de leur famille. En dédicaces, certains lecteurs me demandent parfois si en tant que personnes non africaines, ils ont le droit de porter du wax. Je n’ai pas de réponse à leur donner. Ma BD cherche à nourrir la réflexion en mettant en avant les paradoxes du wax. J’ai voulu éviter qu’elle alimente des polémiques, comme celle sur l’appropriation culturelle. J’ai préféré croiser le mouvement no wax (ndlr : qui consiste à privilégier d’autres tissus africains non exploités par le colonialisme, comme le bogolan ou le lépi) à travers un des membres du mouvement antiraciste et décolonial que va rencontrer Sophia, avec d’autres points de vue émotionnels (des souvenirs des femmes de certaines familles) qui, au contraire, valorisent le wax et son africanité

Qu’est-ce que le journalisme a apporté à ta pratique d’autrice et au contraire, qu’est-ce que ta pratique d’autrice-illustratrice apporte à ton métier de journaliste ?

Justine Sow : Je sais conduire des entretiens pour multiplier les points de vue et nuancer un récit : ça s’est avéré précieux. En contrepartie, j’enseigne aussi le reportage à des étudiants de master 1 et si j’avais déjà abordé le montage dans ma pratique, cette expérience en bande-dessinée me permet de leur enseigner différemment la narration dans leurs reportages. Le dessin, c’est différent de mes autres casquettes : ça passe par le corps. Mon style est construit et me demande de travailler le plus souvent d’après modèle : je cherche le geste juste. Dessiner d’imagination me demande donc énormément d’efforts. Toutes les scènes techniques qu’on voit dans l’usine Vlisco, aux Pays-Bas, je les ai vécues. Il s’agissait ensuite de réinsuffler cette expérience dans le récit, de redistribuer la parole entre différents protagonistes.

Que représente pour toi de recevoir ce prix Texte et Image de LaScam Belgique ?

Justine Sow : Etre autrice de BD (et avoir appris à l’être durant les 5 ans de Master) est un bonheur inouï, mais c’est également difficile. C’est un travail solitaire, besogneux et précaire. Le prix que LaScam décerne à Wax Paradoxe est le meilleur encouragement que je pouvais recevoir. Ça m’aide à me projeter et ça renforce mon sentiment de légitimité encore parfois fragile, moi qui viens d’un autre milieu.

Sur quel projet es-tu penchée actuellement, après cette première expérience concluante de livre ?

Justine Sow : Je travaille sur une commande des éditions Sarbacane. Il s’agit de l’adaptation d’un livre d’une journaliste française féministe ayant vécu en Afghanistan. Pour moi qui d’habitude, en tant que journaliste, consulte plusieurs sources pour construire un sujet, c’est une approche assez différente: ici, je me concentre sur son angle, sa narration, sa connaissance de terrain, sans être dans une vérification des faits.

Propos recueillis par Anne-Lise Remacle

 

Pour aller plus loin

 

« Antoine Wauters creuse avec opiniâtreté et intégrité un sillon où dans une magie alchimique, il mêle poésie, brutalité, volutes d’idées et concrétudes terriennes », quelques mots pour se plonger dans l’univers d’Antoine Wauters qui reçoit le Prix de LaScam du roman pour Haute-Folie. Découvrez à cette occasion l’éloge écrit en son honneur par le Comité ainsi qu’un entretien passionnant avec lui.

L’éloge du Comité

Antoine Wauters est l’un des auteurs les plus singuliers du paysage des lettres francophones.

Depuis une quinzaine d’années que ses textes nous parviennent, il creuse avec opiniâtreté et intégrité un sillon où dans une magie alchimique, il mêle poésie, brutalité, volutes d’idées et concrétudes terriennes.

Lire un livre d’Antoine Wauters est une expérience tant intellectuelle que physique, viscéralement immersive, où l’on endure et jouit avec les personnages des turpitudes de leurs destins, des pierres sur leurs chemins, des orages de leurs âmes et des éclats de beauté minuscules que révèle le regard d’Antoine Wauters sur leur environnement.

Haute-Folie, c’est tout ça : un homme qui marche, vivant de peu, un être qui arpente la vie en quête d’une juste place, un texte humble dans ses dimensions mais d’une valeureuse ambition dans ce qu’il donne à ressentir, mouvement perpétuel entre l’expérience sensible du monde et une forme de mysticisme païen enroulées dans une langue n’appartenant qu’à l’auteur.

Déjà récipiendaire du prix Jean Giono récompensant le talent de raconteur d’histoires d’Antoine Wauters, ce roman âpre et joli, aux accent rustiques et raffinés, confirme que les propositions les moins racoleuses détiennent le pouvoir de toucher chaque lecteur comme si elles avaient été créées pour lui.

Myriam Leroy

 


 

Antoine Wauters :

« On doit faire front commun »

 Prix LaScam du roman 2025 pour Haute-Folie, paru chez Gallimard dans la collection Blanche, Antoine Wauters donne forme aux secrets de famille et à ceux qui en portent le poids. Rencontre avec un auteur attentif aux défis du monde littéraire, traversé par la nécessité de se réinventer

Dans cette période où le monde de l’édition est bousculé par de grandes questions, Antoine Wauters se dit très honoré de recevoir un prix de LaScam : « La mise en place d’un prix, c’est une manière de dire que, dans le monde chahuté qui est le nôtre, la littérature compte. Moi, c’est comme ça que je l’interprète toujours. » L’auteur multiprimé de Mahmoud ou la montée des eaux affirme qu’un combat est à mener, ensemble : « Qu’on soit du côté des gens qui écrivent ou des passeurs de livres, on doit faire front commun et essayer de faire en sorte de sauver ce bien commun – les livres – qui touche à la culture, aux symboles, à la pensée. »

Avec Haute-Folie, paru à l’automne dernier, il signe un roman hautement poétique qui parle du poids du silence et de la transmission. Un récit mélancolique en partie inspiré par la figure de son grand-père, qui s’attache à la vie intérieure plutôt qu’aux événements : « Je ne l’ai pas souvent dit comme ça mais, pour moi, ce livre raconte l’histoire d’un orphelin : un enfant qui, au moment où il perd ses parents, meurt à son tour, et qui ensuite, par toutes sortes de moyens – la marche, la contemplation –, va essayer de se redonner la vie. Quand tu es orphelin très jeune, ça modifie complètement ton rapport au monde et à la vie à tout jamais. » Commencé en 2009, ce roman a mis 15 ans à nous parvenir, comme s’il avait fallu toutes ces années d’expérience et de maturité pour parvenir au bout de son écriture : « Je sais qu’il est en moi depuis très longtemps. C’est peut-être le livre le plus proche de ce que je suis et, sincèrement, je n’en changerais pas un mot. »

C’est aussi un récit qui porte son attention sur d’autres formes de vivant, en nommant très précisément les végétaux et les paysages traversés : « C’est pour ça que je vis à la campagne. Je m’exerce à rendre le monde plus vaste en allant regarder précisément comment poussent les arbres, les haies et les animaux qui y vivent. Ça me passionne, tout comme me passionne le fait d’écrire des histoires de marginaux. C’est comme s’il y avait une histoire officielle et que nous, à notre manière, on essayait d’éclairer ce qui n’a pas encore été raconté ou mal raconté. Mon personnage lui-même le dit. Nous, humains, ne sommes pas tout. »

Réinvention programmée

Pour l’auteur, ce roman marque la fin d’un cycle porté par une écriture musicale et poétique, et la nécessité de se réinventer : « Ce que j’ai fait jusqu’ici correspondait aussi à un état du monde de l’édition et du monde en général. J’ai écrit un certain nombre de livres de cette façon-là, qui tournent autour de ces sujets-là, dans cette langue-là, et maintenant, compte tenu de tout ce qu’il se passe et de mon évolution personnelle, j’ai envie de faire autre chose. Ça ne me déplairait pas de pouvoir écrire un bouquin plus explicitement contemporain. Le prochain roman pour lequel j’ai signé avec Gallimard sera d’ailleurs assez différent, une comédie burlesque un peu nordique – en tout cas je me suis bien amusé en l’écrivant. » D’ici là sortiront en octobre, dans la collection L’Arbalète, des Notes pour passer l’hiver : « Ce sont les pensées qu’un type dépressif – moi en l’occurrence – se martèle à longueur de journée pour tenir le coup. »

Cette période de transition se manifeste aussi par l’entrée de Wauters chez Gallimard, après dix ans de collaboration avec Verdier, que les deux co-gérantes quittaient. L’occasion de réfléchir à la suite. Pour le romancier, ce choix s’explique par plusieurs facteurs – humain, littéraire, économique : « Derrière chaque manuscrit, il n’y a pas que des blessures, des emportements et une envie de dire les choses. Il y a aussi des conditions matérielles qui font qu’un livre peut s’écrire de telle façon ou de telle autre. Dans notre vie d’auteur et d’autrice, ces choses-là comptent aussi. On en parle peu, mais c’est en train d’arriver avec cette histoire Bolloré-Grasset. On a laissé des situations de monopole s’installer. Parler ouvertement de ces questions nous permet de gagner en liberté. » Au-delà de ces aspects matériels, l’auteur liégeois se dit heureux de travailler avec Charlotte von Essen, son éditrice : « Elle m’a fait des retours extraordinaires, on a acquis un niveau de connivence et de confiance très grand. »

Cultiver l’enthousiasme

En tant qu’éditeur de la collection « iF » (L’arbre à paroles), Antoine Wauters prépare un recueil de lettres sur l’enthousiasme à paraître à l’automne. En ces temps particulièrement sombres pour le monde culturel et éditorial, il ne cache pas que son élan pour l’écriture s’en trouve parfois mis à mal : « Vu ce qu’on est en train de vivre, mon enthousiasme d’auteur s’en trouve affecté. J’ai moins envie de m’asseoir à ma table et de me battre pour faire ce que je fais. J’ai le sentiment que passer du temps à imaginer des histoires et à les raconter, c’est quelque chose qui est tellement fragilisé, marginalisé de mille manières, que je me demande parfois pourquoi on continue à s’échiner là-dessus. Peut-être est-ce en cassant mes habitudes, notamment stylistiques, que quelque chose comme une joie nouvelle peut arriver ? Je l’espère. »

Propos recueillis par Aliénor Debrocq

 

Pour aller plus loin

Chaque mois, LaScam vous invite à découvrir une nouvelle illustration signée par l’un·e de ses membres pour vous accompagner en beauté tout au long de l’année : douze créations, douze histoires et douze personnalités à rencontrer. En ce mois de juin nous remercions chaleureusement Christophe Poot pour cette illustration empreinte de tendresse caractéristique de son univers graphique et inspirée de ses recherches autour du New York des années 1900.

Trois questions à Christophe Poot

Que représente votre illustration ?

Je travaille sur un long roman graphique, « Le peigne d’écaille », qui se passe à New-York en 1901. J’accumule quantité de dessins inspirés de documents d’époque, qui me servent à densifier l’ambiance du livre et m’immerger dans cette époque passée. Cette scène d’enfant porté est assez représentative, c’est une de mes thématiques habituelles.

Pourquoi avoir choisi d’illustrer le mois de juin ?

C’est le mois de ma naissance, j’ai 55 ans cette année. J’organise le 5 et 6 juin un évènement, « Librairie Furtive », autour de petites structures d’édition. C’est aussi la date que j’ai choisie pour officialiser ma structure d’édition Nu — Tête. Depuis 2009, j’y travaille confidentiellement, j’ai décidé de m’y investir de façon plus conséquente et professionnelle.

Que peut-on vous souhaiter de mieux pour cette nouvelle année ?

Avoir une reconnaissance un peu plus étendue. Ma réputation artistique reste très peu exposée, en marge, « pour initiés ». Je propose un travail esthétique exigeant, mais plus ouvert qu’il n’y paraît. J’aimerais augmenter sensiblement mon audience. C’est une année très dense niveau travail, et cela porte ses fruits, avec plusieurs publications prévues dans les mois qui viennent.

Christophe Poot

Dessinateur / auteur né en 1971 à Bruxelles, où je vis et travaille.
Après des études à Saint-Luc, je suis actif comme membre fondateur du groupe et de la maison d’édition La Cinquième Couche. En 2007, je me consacre au dessin sous toutes ses formes, et à l’écriture.
Je fonde ensuite la structure d’édition confidentielle Nu —Tête en 2013. J’y publie Magnolia Stellata, conçu comme un livret d’opéra, et Lacunes, recueil de dessins et de textes.
Je suis l’auteur à ce jour de huit livres, dont Fovéa, publié en janvier 2026. J’expose de manière régulière à la librairie Candide.

Pour encore plus de beauté…

Rendez-vous sur le compte Instagram de l’auteur ou sur son site internet.

Le calendrier 2026 des auteurs et des autrices

Chaque année notre calendrier met en lumière 12 auteurs et autrices membres de la Scam. Auteurs et autrices, vous avez dû recevoir une version papier de notre calendrier. Si ce n’est pas le cas, écrivez-nous à l’adresse communication@scam.be et nous vous en enverrons un exemplaire avec plaisir !

En collaboration avec Passa Porta, LaScam propose une bourse de résidence de travail à ses auteurs et autrices d’œuvres littéraires au sens large : romans,  nouvelles, poésie, illustrations jeunesse, BD, romans graphiques, essais…  L’appel à candidatures est prolongé jusqu’au 15 juin 2026, il reste encore quelques places : n’attendez plus !

La résidence

Pour les auteurs et autrices de l’écrit qui souhaitent s’isoler pour travailler une œuvre littéraire en cours, LaScam met à disposition un studio privatif à Passa Porta.

Les frais de location sont à la charge de LaScam, qui verse également aux résident·es une bourse de 300 € par semaine.

Le studio est mis à disposition pour des périodes d’une semaine voire deux (du lundi midi au vendredi soir, nuits comprises) en automne.

Il est équipé d’un bureau, d’un lit, du Wifi, imprimante (sur demande), d’une salle de bain et d’un balcon. Une cuisine partagée est également accessible.

Vous hésitez encore ? Lisez le témoignage de Zoé Borbé, résidente en novembre 2023.

Attention : Les auteurs et autrices recevant cette bourse ne pourront pas réintroduire une demande pour la même bourse l’année suivante.

Conditions d’éligibilité

Vous avez accès à cette bourse si :

  • Vous êtes membre de LaScam en Belgique, qui vous a déjà versé des droits d’auteur ;
  • Vous avez écrit et/ou dessiné au moins une œuvre des répertoires couverts par cette bourse, qui a été éditée dans un cadre professionnel et déclarée à LaScam ;
  • Vous avez un projet d’une œuvre de l’écrit en cours d’écriture.

Ces conditions sont cumulatives ; elles doivent toutes être remplies au moment de la demande. Pour toute question, veuillez consulter le règlement des bourses (lien ci-dessous).

Composition et envoi du dossier

Composition

Le dossier doit comprendre (dans cet ordre) :

  • Un synopsis – 10 lignes à 1 page
  • Une note d’intention (genre et thématique, enjeux et questionnements, pistes formelles, approches et points de vue) – 2 à 3 pages
  • L’état d’avancement et justification de la demande à cette étape – 10 lignes à 1 page
  • Votre biographie et bibliographie sélective, avec des liens vers les œuvres précédentes – 10 lignes à 1 page
  • Un extrait représentatif (texte, illustration ou planche) – 2 pages

Il doit être constitué d’un seul fichier pdf de 7 pages maximum.

Envoi

Les dossiers doivent être envoyés en un seul document pdf portant le nom de l’auteur ou autrice, via le formulaire en ligne sur votre Espace Membre, accessible avec vos codes auteur, d’ici au 15 juin 2026.

NB : les dossiers incomplets ou ne remplissant pas les critères d’éligibilité ne pourront pas être considérés comme recevables ni transmis au Comité qui attribue les bourses. Nous vous invitons à consulter le Règlement des bourses.

Calendrier

. Les dossiers doivent être envoyés au plus tard le 15 juin 2026.
. Une réponse sera apportée à chaque candidat.e dans un délai de 6 semaines à partir de la clôture des candidatures. Si votre demande est acceptée, notre équipe déterminera avec vous votre créneau de résidence, en fonction de vos possibilités et des disponibilités.
. Les résidences d’une semaine ont lieu entre début septembre et mi-décembre 2026.

Contact et info

Pour toute question, écrivez-nous à l’adresse actionculturelle@scam.be.

« Inutile d’enfermer Caroline Lamarche dans une case, ce serait faire offense à son talent intrépide et singulier, terriblement instinctif et surtout, jamais là où on l’attend. » quelques mots pour se plonger dans l’univers de Caroline Lamarche qui reçoit le Prix Commun LaScam x SACD 2025 pour l’ensemble de son œuvre. Découvrez à cette occasion l’éloge écrit en son honneur par le Comité ainsi qu’un entretien passionnant avec elle.

 

Nombre d’auteurs et autrices étant membres de nos deux sociétés et traversant nos différents répertoires, la SACD et LaScam se joignent comme chaque année pour décerner un prix commun. Les frontières entre fiction et documentaire, entre littérature et théâtre sont poreuses. Les formes d’art se nourrissent les unes des autres et l’autrice que nous honorons cette année nous le prouve bien. Ce prix commun est aussi une manière de saluer la collaboration de la SACD et de LaScam eau sein de la MEDAA, notre maison à toutes et tous.

L’éloge du Comité

Si le nom de Caroline Lamarche vient d’être particulièrement mis en lumière avec sa présence dans la liste des finalistes du Prix Goncourt, un grand nombre de lecteur·ices belges n’ont pas attendu qu’y figure son dernier livre pour la découvrir. Comment exprimer le parcours remarquable d’une autrice qui déploie son style partout où la littérature se fraie une voie ? Romans, nouvelles, poèmes, littérature jeunesse, pièces radiophoniques, textes pour la scène, chroniques de presse, il semble que rien ne puisse échapper à sa plume, qui n’aime rien tant qu’observer les vivant·es et le vivant. Mais inutile d’enfermer Caroline Lamarche dans une case, ce serait faire offense à son talent intrépide et singulier, terriblement instinctif et surtout, jamais là où on l’attend.

Les Comités belges de la SACD et de LaScam sont très fiers de célébrer l’autrice dont le parcours illustre à merveille la définition de ce Prix commun, tant sa carrière est faite d’entrelacements des genres et des formes artistiques. En lui  décernant ce prix ce sont tous nos répertoires qui sont mis en lumière ; une lumière qui a particulièrement brillé cette année.

En 2025, Caroline Lamarche a ainsi été artiste associée au Théâtre National, elle a collaboré aux spectacles Les Enfants de la vallée de Mathias Simons et Hamlet adapté par Christophe Sermet qui a reçu le Prix Maeterlinck de la critique 2025 et a coorganisé avec Joelle Sambi « Les Mots à Défendre », deux week-ends de création littéraire, hybride, poétique et engagé.

C’est avec beaucoup de respect et d’amitié que les membres des Comités belges lui rendent hommage et saluent son talent et son engagement.

Marie Lemeland, Emmanuel Texeraud et Anne Vanweddingen

 


 

Caroline Lamarche, une voix plurielle.

Depuis Le Jour du chien (Minuit1996, prix Rossel), Caroline Lamarche façonne une œuvre plurielle, émancipatrice et remarquée (e.a. prix Goncourt de la Nouvelle en 2019 pour Nous sommes à la lisière, Gallimard). La matière personnelle y trouve écho dans la vigueur et la fragilité du vivant, les rêves y deviennent des clés, les fantômes y ont leur place, comme dans Le Bel Obscur (Seuil, 2025, finaliste du Goncourt).

Fine lectrice et cinéphile, attentive à la scène théâtrale contemporaine, Caroline Lamarche a été autrice associée du Théâtre National pendant quatre ans comme co-programmatrice avec Joëlle Sambi du festival MàD (Les Mots à Défendre) et chroniqueuse de spectacles. Elle a également collaboré à l’adaptation d’Hamlet dans sa mise en scène par Christophe Sermet (2024) et certains de ses propres textes ont été portés par des comédien.ne.s.

Sa façon d’avoir autant d’attrait pour la page que pour la scène la voit cette année récompensée par le prix croisé SACD x LaScam Belgique.

Rencontre avec Anne-Lise Remacle

Comment le théâtre vient-il nourrir ton écriture romanesque et tes autres formes d’écriture ?

Caroline Lamarche : A Paris, où travaillait mon père, nous avions un abonnement à la Comédie française et j’ai aussi vu des pièces aux Bouffes du Nord. J’ai lu avec passion Jon Fosse et Sarah Kane lorsque j’étais en résidence en Avignon en 2005 avec un projet de pièce qui a débouché sur Sanguine, une fiction radiophonique pour France-Culture suivie d’une mise en scène en Belgique par le Groupe Sanguin.

Le théâtre, peut-être particulièrement en Belgique, est inventif et politique. Non seulement le Kunsten Festival des Arts mais aussi tous les spectacles que j’ai vus durant des années et particulièrement pendant les quatre ans où j’ai été artiste associée au Théâtre National. J’adore le public au théâtre. Il y a une communion, un « nous ».

Ce sentiment de compagnonnage, est-ce aussi ce qui t’a portée quand tu as collaboré avec Christophe Sermet ou bien comme co-programmatrice des Mots à défendre ?

Caroline Lamarche : J’ai toujours travaillé avec d’autres artistes. J’apprécie de longue date le travail de Christophe Sermet. C’est lui qui m’a proposé de co-adapter Hamlet. Il voulait rendre le texte plus accessible tout en conservant la richesse de la la langue de Shakespeare. Il m’envoyait acte par acte ce qu’il avait élagué et une traduction rapide. Moi je repartais du texte anglais tout en restant fidèle à l’esprit de l’adaptation. Je suis un caméléon, je prends avec joie la couleur d’autrui. À force de voir des spectacles je pense avoir développé par ailleurs un certain sens dramaturgique. J’ai ainsi pu faire des propositions pour Les enfants de la vallée, monté par les Ateliers de la colline. Pour les Mots à défendre j’ai senti Pierre Thys, Silvia Botella et l’équipe du Théâtre National à nos côtés, Joëlle et moi, tout du long. Ça m’a permis de donner à entendre des textes que j’aime comme L’engravement d’Eva Kavian (La Contre-Allée) avec Anne-Sophie Sterck ou de proposer des soirées hybrides et engagées avec le collectif Douche Flux ou avec l’écrivain David Van Reybrouck et les victimes des inondations de 2021.

Souhaiterais-tu voir certains de tes textes portés à la scène ?

Caroline Lamarche : Bien sûr ! La beauté et la force d’une écriture se révèlent par la voix et le corps. Des programmes comme les Mots à Défendre au Théâtre National, Corps de texte à Liège ou ce que proposent la Compagnie Albertine de Geneviève Damas ou les Midis de la Poésie devraient rester pérennes et se développer. Une de mes plus belles expériences autour du Bel Obscur est d’avoir été invitée dans le cadre du festival Lis-moi tout initié par Emmanuel De Coninck (Atelier théâtral Jean Vilar). Il avait proposé à Stéphanie Van Vyve de faire travailler ses étudiants sur des extraits de mon livre choisis et montés pour une lecture de 45 minutes. Voir et entendre des jeunes à ce point inspirés par mon écriture, c’était magnifique. J’ai vécu d’autres belles expériences, comme l’interprétation à Avignon, par Dominique Blanc, de La mémoire de l’air, au Théâtre National de Cher Instant je te vois par Isabelle Abreu, et je me réjouis d’entendre cet été Anne Alvaro lire Le Bel Obscur.

Quel lien particulier entretiens-tu avec les comédien·nes ?

Caroline Lamarche : À mes yeux, ce sont les meilleurs lecteurice à force de scruter le texte au plus près, de l’incarner, littéralement. Leur intérêt me donne parfois envie d’écrire ou de réécrire. Ainsi j’ai d’abord écrit Frou-Frou (ndlr : une nouvelle du recueil Nous sommes à la lisière) avec un personnage féminin dans une première version lue au festival Voix de Femmes, puis Isabelle Wéry et Geneviève Damas m’ont fait le cadeau d’une lecture, toujours au féminin. Mais c’est après avoir vu jouer Gaëtan Lejeune au Public que j’ai finalisé ce texte. Sa singularité et sa présence m’ont incitée à faire du protagoniste un homme. Ensuite lui-même s’est emparé de Frou-Frou pour le porter à la scène. Quant à La mémoire de l’air, qui évoque un viol et la question de l’emprise, c’est Magali Pinglaut qui m’avait encouragée à écrire sur ce sujet. Laurence Vielle, de son côté, m’a convaincue de lire en public le très personnel Poème tenu secret écrit il y a trente ans et qui s’est révélé la matrice de mon dernier roman.

Dans Le Bel Obscur, ta narratrice se voit contrainte de nager à contre-courant. Est-ce que ça t’est également arrivé, au cours de ta trajectoire littéraire ?

Caroline Lamarche : J’écris par nécessité, sans savoir où je vais. On m’a souvent reproché d’être éclectique et on m’a conseillé de ne pas écrire de nouvelles parce que ça ne se vendrait pas. Si j’avais été japonaise, anglo-saxonne, hispanophone, allemande, j’aurais eu davantage de retentissement avec ce que je n’ai, à vrai dire, jamais cessé de pratiquer, à savoir la forme brève. Quant aux sujets que je traite, La nuit l’après-midi, Carnets d’une soumise de province, Mira ont pu choquer ou surprendre. La mémoire de l’air a été écrit avant MeToo et redécouvert après et traduit en plusieurs langues. Le Bel Obscur a soulevé un angle mort : on n’avait jamais évoqué en littérature l’autre côté du placard, à savoir les effets collatéraux de l’homophobie sur les conjoints, les familles.

En écho aux fluctuations de son couple la narratrice de ton roman cherche à donner du sens aux traces éparses d’Edmond, un ancêtre énigmatique. Comment expliques-tu le regain d’attention actuel pour les archives ? Est-ce l’idée de redonner voix à ceux à qui elle avait été confisquée ?

Caroline Lamarche : Sans doute car c’est une des missions de l’art, mais le goût actuel pour l’archive me semble aussi venir de l’intérêt pour les leçons du passé. On vit une époque où le présent est fragile et où l’avenir bute contre la possibilité d’extinctions massives et de catastrophes climatiques. Les morts nous permettent d’ouvrir des dimensions de nous-mêmes insoupçonnées et, en retour, nos textes leur rendent vie. Je me sens à la fois une âme d’archiviste et de medium capable d’entrer en communication avec les disparus. L’intensité d’un tel travail peut déboucher, je crois, sur des intuitions valables pour notre temps.

 

Pour aller plus loin

. Découvrir l’ensemble du Palmarès 2025

. Découvrir le site de l’autrice

Le programme Regards sur les Docs propose un accompagnement sur projet de cinéma du réel pour 5 auteur·ices belges francophones de 1er, 2ème ou 3ème film.
Deux d’entre elleux bénéficieront également de bourses d’aide à l’écriture attribuées à la suite d’une présentation publique des projets devant un parterre de professionnel·les belges et internationaux.

Regards sur les Docs

CONDITIONS DE PARTICIPATION

Le programme s’adresse à des auteur·ices en écriture avancée sur leur projet.
*Le projet : est un projet de 1er, 2ème ou 3ème film documentaire soumis à un stade avancé d’écriture / développement
**L’auteur·ice : est une personne physique résidant en Belgique
À NOTER : les projets* peuvent être déposés même si leurs auteur·ices n’ont pas encore de structure de production associée au projet.

CRITÈRE DE SÉLECTION

Les projets de films documentaires sélectionnés proposent un point de vue documenté et cinématographique. Ils témoignent de la capacité des auteur·ices à mettre en place une écriture qui mobilise le·a (futur·e) spectateur·ice et lui ouvre des espaces de réflexion.
Le programme Regards sur les docs vient souligner la qualité du travail déjà accompli par leurs auteur·ices et leur offre un élan supplémentaire pour poursuivre le développement du projet. Il s’adresse spécifiquement aux auteur·ices belges francophones ayant déjà avancé sur l’écriture de leur projet.
En raison du nombre important de candidatures reçues le comité de sélection accordera une attention particulière aux projets n’ayant pas encore été présentés publiquement, sans que ce soit excluant.

APPORT DU PROGRAMME AUX PROJETS

  • Un comité de sélection mis en place par la structure organisatrice sélectionne 5 projets parmi les dossiers reçus.
  • Les auteur·ices sélectionné·es bénéficient d’un accompagnement personnalisé avec un expert (Amir Borenstein) : une journée de formation en groupe + un rendez-vous individuel en amont à la présentation publique des projets.
  • Les auteur·ices sélectionné·es présentent leur projet devant une assemblée composée de professionnel·les de l’audiovisuel belges et internationaux (producteur·ices / diffuseur·ses …).
  • Les auteur·ices sélectionné·es bénéficient de rencontres individuelles avec les professionnel.les invité·es lors de la journée de présentation (années antérieures : les représentant·es de Cannes Doc, ARTE France, Tënk, Eurodoc etc.) coaching personnalisé avec un expert (Amir Borenstein)
  • Deux projets reçoivent, en plus, une bourse d’aide à l’écriture attribuées par un jury indépendant

CALENDRIER

  • 22 juillet 2026 : date limite de dépôt des candidatures (22/07 inclus)
  • 1er septembre 2026 : annonce des projets sélectionnés
  • lundi 14 septembre 2026 : journée d’accompagnement collectif des projets sélectionnés
  • jeudi 1er octobre 2026 : présentation publique des projets (matin) + rencontres individuelles entre auteur·ices et professionnel·les et remise des prix (après-midi)

PARTENAIRES & PRIX

La participation à Regards sur les docs comprend un accompagnement personnalisé pour 5 personnes, ainsi que 2 bourses : l’une de 2.500€ dotée par LaScam Belgique, et l’autre de 1.000€, doté directement par l’association fondatrice du programme, LPC.
Créée par et pour les auteur·ices, LaScam Belgique (Société civile des auteur·ices multimédia) les accompagne tout au long de leur parcours. Elle gère leurs droits (pour leurs oeuvres littéraires et documentaires), leur assure un soutien professionnel et leur propose des actions culturelles et de promotion de leurs oeuvres.
L’association LPC est une structure de programmation et un pôle ressource pour le cinéma du réel. Elle oeuvre au développement des publics du cinéma du réel, principalement belge francophone, et à la mise en réseau des professionnel·les du secteur via différentes activités mises en place tout au long de l’année : festival En ville !, formations, Regards sur les docs, rencontres professionnelles et master classes, projections de films contemporains et de patrimoine.

MODALITÉS DE DÉPÔT DES DOSSIERS

Phase de sélection, modalité de dépôt des dossiers et toutes les informations se trouvent rassemblées ici :

> accéder à l’appel à candidatures

RENSEIGNEMENTS COMPLÉMENTAIRES

Les auteur·ices souhaitant soumettre un projet peuvent contacter l’asbl LPC – Regards sur les docs pour s’assurer de la recevabilité de leur dossier :
Pauline David / contact@festivalenville.be / 02 538 17 57
www.festivalenville.be

Les auteur·ices sélectionné.es par le programme Regards sur les docs s’engagent à mentionner ce programme parmi les partenaires de leur projet, ainsi qu’au générique du film pour lequel iels ont reçu ce soutien. Les lauréat·es des prix ajouteront également la mention du Prix reçu.

L’appel à projets Regards sur les docs est une initiative de l’asbl LPC, en collaboration avec la Scam Belgique. Avec le soutien de la Cocof et de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Roulements de tambour… le Comité belge de LaScam a attribué ses Prix 2025 ! Des œuvres formidables, des parcours admirables sont récompensés, ainsi qu’une Âme sœur qui nous accompagne, et c’est avec autant de bonheur que de fierté que nous vous dévoilons ce magnifique palmarès. Un tonnerre d’applaudissements pour les lauréats et lauréates de ces Prix, à découvrir sans plus attendre !

Le Palmarès

La particularité de ces prix est qu’ils sont attribués par des auteurs et des autrices (celles et ceux qui forment le Comité belge de LaScam, élu·es par l’ensemble des membres pour les représenter), et voici leurs coups de cœur de l’année :

  • Prix de LaScam du roman : Antoine Wauters pour Haute-Folie
  • Prix de LaScam de la BD : Justine Sow pour Wax Paradoxe
  • Prix de LaScam du Parcours audiovisuel : Eve Duchemin
  • Prix de LaScam du documentaire audiovisuel : Raphaël Kaddour pour Buda
  • Prix de LaScam du documentaire sonore : Virginie Gardin pour Les Onches
  • Prix de LaScam des Écritures émergentes : Inès Rabadán, pour Celleux qui respirent dans la nuit (co-créé avec Leslie Astier)
  • Âme sœur de LaScam : Thierry Bellefroid
  • Prix commun de LaScam et de la SACD : Caroline Lamarche

Voir la publication consacrée aux lauréates et lauréats de Prix de LaScam 2025.

L’édito de Pascaline David, Présidente du Comité belge de la Scam

Si LaScam a son siège en France, son territoire francophone rayonne en réalité de plus en plus à partir de deux de ses capitales : Bruxelles et Paris. Et ainsi les talents de LaScam se jouent-ils des frontières francophones.

Pensons à Caroline Lamarche présente dans le carré final du Prix Goncourt après avoir remporté celui de la nouvelle, ou à Antoine Wauters qui selon le magazine Lire est à l’origine d’une des œuvres les plus remarquables en littérature contemporaine. Pensons aussi à Justine Sow, poussée par le Musée de l’Homme à Paris afin de se lancer dans le projet Wax Paradoxe, merveilleuse bande dessinée sur l’héritage familial dont elle a esquissé la plupart des planches dans le cadre de l’atelier BD de l’École supérieure des Arts Saint Luc de Bruxelles. De même, Ève Duchemin, cinéaste portraitiste française venue étudier à l’INSAS dont le remarquable parcours de documentariste a décollé depuis la Belgique. Et qu’en sera-t-il de la carrière de Raphaël Kaddour, fraîchement diplômé de l’IAD qui nous a offert le très sobre mais émouvant Buda ?

On ne peut être qu’ébloui·e par ces œuvres issues d’un territoire francophone de plus en plus proche sinon unifié. Un enchantement défendu par Thierry Bellefroid à la RTBF. Certaines créations ont la grâce. Tout de suite reconnaissables. Ce trait sûr. Un point de vue ferme. Un ton où rien ne flotte. Cette façon de dire le monde qui nous entoure et le déplace. Et c’est là notre joie, la vibration d’une présence mise en ondes, par exemple, par Inès Rabadán ou Virginie Gardin.

Ces voix nous les avons croisées au hasard de nos lectures, soirées de projections, heures d’écoute, échanges entre membres du Comité belge (auteurs, autrices, faites-nous envoyer vos services de presse !), ou elles nous ont été soufflées à l’oreille. Des œuvres intimes, politiques ou philosophiques. Des œuvres racontées à partir du réel. Un bureau. Un recypark. Une terre nue de labour. Le quartier d’une ville. Une ferme haute imaginaire. Un jardin. De ces endroits reconnaissables, aux quotidiens habités. Ceux-là ont été saisis d’un coup de crayon, à la pointe de la plume, depuis la bonnette d’un micro ou l’œil de la caméra.

Les voici donc ces lauréats et lauréates qui nous ont emmené·es à leur suite vers un ailleurs, un jour fragile ou fabuleux qui nous interroge, parfois nous révèle à nous-même. Regardez, ce monde, c’est le nôtre. Le vôtre. Le leur.

Félicitations !

Pascaline David, Présidente du Comité belge de LaScam.

Et les auteurs et autrices membres du Comité :

  • Muriel Alliot, sonore – Vice-Présidente
  • Fabienne Blanchut, littérature
  • Pauline Beugnies, audiovisuel
  • Sylvia Botella, formes émergentes
  • Coline Grando, audiovisuel
  • Ihsane Haouach, littérature
  • Jasna Krajinovic, audiovisuel – Vice-Présidente
  • Marie Lemeland, littérature
  • Chedia Le Roij, sonore
  • Myriam Leroy, littérature
  • Alexe Poukine, audiovisuel
  • Mathieu Volpe, audiovisuel

C’est le grand retour du Prix littéraire Grenades, qui pour cette quatrième édition, toujours avec partenariat avec LaScam, sera cette année centré sur le polar et le thriller ! Lire, regarder, entendre, admirer les œuvres pensées et créées par des femmes permet de nourrir nos imaginaires d’autres points de vue pour construire une société plus égalitaire, et c’est ce que vise le Prix littéraire Grenades, que LaScam est fière de doter.

La marraine de cette édition

Maryam Kolly est sociologue, enseignante-chercheuse à l’École de Recherche Graphique (ERG) et l’UCL Bruxelles. Elle est la directrice de publication de l’ouvrage collectif HERstoryqui a remporté le précédent prix littéraire Grenades, et nous fait l’honneur de marrainer cette quatrième édition. Elle remettra son propre prix coup de cœur à l’une des autrices.

Cahier des charges 2026

1. Description des prix

  • Prix du Jury – 750 €
  • Prix coup de cœur de la marraine – 500 €

2. Autrices admissibles

Pour être admissibles, les autrices doivent avoir publié leur ouvrage en Fédération Wallone-Buxelles et répondre à l’un des deux critères suivants :

– être nées en Wallonie ou à Bruxelles, qu’elles y habitent encore ou non

– ou être nées ailleurs mais doivent habiter en Wallonie ou à Bruxelles.

Un ouvrage co-écrit avec un homme est également éligible.

3. Œuvres admissibles

Pour le Prix du Jury :

Les ouvrages écrits en français, parus et à paraître entre le 1er janvier 2025 et le 30 juin 2026 chez un·e éditeur·ice agréé·e, chez un·e éditeur·ice non agréé·e ou encore, à compte d’autrice, qui entrent dans les genres littéraires 2026.

Pour le Prix de la marraine :

Les ouvrages écrits en français, parus et à paraître entre le 1er janvier 2025 et le 30 juin 2026 chez un·e éditeur·ice agréé·e, chez un·e éditeur·ice non agré·e ou encore, à compte d’autrice, qui entrent dans les genres littéraires 2026.

4. Pré-sélection

Les Grenades procèderont à une pré-sélection de 10 ouvrages.

La recherche des ouvrages admissibles s’effectue à partir des sources suivantes :

– catalogues de nouveautés des éditeur·ices

– catalogues des librairies et des groupements de libraires

– répertoires de la FWB

– articles de presse

les éditeur·ices et autrices sont encouragé·es à nous informer de la (pré) parution d’ouvrages admissibles par mail à l’adresse lesgrenades@rtbf.be – objet : Ouvrage admissible, avant le 30 juin 2026 inclus.

5. Composition du jury et responsabilités

  • Prix GrenadesxLaScam : une chroniqueuse littéraire des Grenades, deux membres de LaScam, une travailleuse active dans le secteur de la culture.
  • Prix de la Marraine : Maryam Kolly

Responsabilité des juré·es :

  • Pré-sélection : le·a juré·e pourra préparer une proposition d’ouvrages pouvant être retenu pour la pré-selection. Cette liste sera remise aux Grenades une semaine avant la définition de la liste établissant les 10 ouvrages sélectionnés (avant le 24 juin).
  • Sélection : le·a juré·e doit lire les ouvrages qui lui sont transmis. La période de lecture des juré·es va de juillet à octobre 2026. Pour chaque livre reçu et lu, le·a juré·e doit compléter une grille de lecture suivant les critères d’évaluation.

6. Critères d’évaluation

  • Les récits seront jugés sur la place qu’ils laissent aux femmes, à la question du genre et de l’orientation sexuelle, sur l’originalité, et refléteront donc la diversité.
  • Le récit pourra donc proposer de nouveaux rôles modèles féminins que ceux généralement attendus étant donné nos biais sociétaux (ex : personnages aux professions genrées, arc narratif évoluant sur des réflexions des personnages attendues de par leur genre…), dans, par exemple, des domaines où les femmes sont minoritaires.
  • Le récit sera jugé sur la qualité de l’écriture, l’émotion suscitée et l’accessibilité du propos.
  • Le récit sera jugé sur le développement original et documenté de la thématique abordée.

7. Calendrier

30 juin : deadline référencement ouvrages et réception des titres

Eté : pré-sélection définitive des 10 ouvrages

Automne : réunions du jury

Hiver : cérémonie de remise des prix