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« Strip-Tease » : Manque de considération pour les auteurs, atteinte manifeste à leurs droits moraux et patrimoniaux

Cette lettre a été diffusée aux médias belges et français afin de marquer le soutien du Comité belge de la Scam aux deux auteurs de "Strip-Tease".

 

 

"Dans l’intérêt des (télé)spectateurs, l’intégrité et l’originalité de la collection « Strip-Tease » doivent être respectée, suivant la demande légitime des créateurs de cette œuvre unique.

 

Ce samedi 27 juillet, RMC Story a diffusé les premiers sujets d’une nouvelle série de reportages placés sous le titre générique de « Strip-Tease », choisi par Marco Lamensch et Jean Libon pour leur immense collection, créée dans les années 80. La campagne de marketing entourant cette diffusion fait référence à tort à des inédits de cette collection.

Dans l’histoire de la télévision de service public francophone, et même européenne, « Strip-Tease » apparaît comme une œuvre personnelle cohérente et collective, de trente ans dont les deux co-auteurs n’ont jamais cessé l’élaboration, comme en attestent « Ni juge, ni Soumise » la dernière création multi-récompensée de Jean Libon et Yves Hinant, ou aussi la parution récente du livre Strip-Tease se déshabille de Marco Lamensch, détaillant l’historique du projet, ses intentions et la méthode mise en œuvre.

Des dizaines de réalisateurs et monteurs, cameramen, preneurs de son professionnels, y ont eux aussi apporté leur contribution à ce vaste essai audiovisuel unique, à la façon d’une sociologie cinématographique perpétuellement en devenir.
Il s’avère aujourd’hui que la RTBF a cédé l’usage de la marque « Strip-Tease » (opportunément déposée en 2015) et une autorisation d’adaptation à une maison de production indépendante belge. Celle-ci ayant à son tour traité avec la chaîne française de la TNT RMC Story après avoir vainement démarché ARTE et d’autres diffuseurs français.

 Pour les auteurs et autrices du Comité belge de la Scam, société d’auteurs à laquelle Marco et Jean sont affiliés depuis plus de 30 ans - comme la plupart des réalisateurs et réalisatrices de la collection – il convient de réaffirmer que :


• Marco Lamensch et Jean Libon sont les auteurs de « Strip-Tease », que cette qualité est indépendante de leur statut actuel vis-à-vis de la RTBF, ainsi que de leur âge ou de leur position dans la hiérarchie.
• Leur œuvre est originale, marquée profondément par leur personnalité, leur vision de la création documentaire, leur approche de la déontologie journalistique, leurs ambitions artistiques.
• A la différence d’autres œuvres audiovisuelles, conçues comme des projets unitaires, ces auteurs ont choisi de développer une collection de créations ethno-cinématographiques, choisissant des moyens spécifiques et des collaborateurs formés si besoin afin d’obtenir un résultat précis, et formant une équipe intègre, fidèle au format de l’émission, qui poursuivra son travail sur Tout ceci ne nous rendra pas le Congo avant d’être démantelée par la RTBF.
Ce choix d’une collection paraît d’ailleurs inhérent au projet lui-même qui vise à présenter la réalité sociale à la façon d’anthropologues, utilisant l’art cinématographique comme langage, pour partager leurs découvertes avec un large public en salle, en DVD ou à la télévision.

C’est donc sur base d’une erreur d’appréciation manifeste, qui reste incompréhensible et dommageable pour tous, que la RTBF a cédé des droits « de marque » et « d’adaptation » à un tiers, galvaudant l’héritage de l’émission, sans même chercher à en poursuivre l’exploitation elle-même, ni consulter les auteurs originaux afin de veiller de façon adéquate au respect de leurs droits considérés de facto comme négligeables.

Les diffusions entamées sur RMC Story samedi se font à tort sous le titre de « Strip-Tease » car, en dehors même du débat sur la qualité des sujets diffusés, il ne s’agit tout simplement pas de la poursuite de la même collection ni de respecter le format essentiel de l’émission, en violation des droits des auteurs.

En cela déjà, ces diffusions portent atteinte à l’honneur et à la réputation des auteurs, pour reprendre la formule légale. Cette atteinte menace de plus le devenir de leurs activités personnelles et originales qui se poursuivent, au détriment des futures audiences.

La manière dont tout cela s’est développé dénote pour le moins d’un inquiétant manque de considération envers les créateurs, créatrices, artistes de la part de certaines personnes au sein de la première des institutions culturelles de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les auteurs et autrices du Comité belge de la Scam expriment donc leur entière solidarité avec Marco Lamensch et Jean Libon, une solidarité qui se concrétisera de toutes les façons utiles alors que les producteurs des reportages diffusés samedi se contentent d’affirmer détenir les droits nécessaires, sans rechercher aucun compromis avec les auteurs malgré leurs appels et ceux de la Scam.

Plus généralement, les membres du Comité belge de la Scam demandent qu’un débat soit ouvert avec la Direction générale et le Conseil d’Administration de la RTBF, et la Fédération Wallonie-Bruxelles, pouvoir subsidiant, sur les conditions d’exploitation des œuvres produites par le service public et sur les garanties qui doivent être données à leurs créateurs et créatrices de voir leurs droits respectés, y compris après la fin de leur contrat d’emploi ou leur retraite.

Dans cet esprit, la Scam poursuivra les efforts de conciliation déjà entrepris avec les auteurs, en dialogue avec la Direction générale et le service juridique de la RTBF, pour que les revendications légitimes des créateurs de « Strip-Tease » soient entendues et concrétisées au plus vite et que de telles erreurs juridiques et professionnelles ne soient pas reproduites à l’avenir.

Une œuvre ne peut être résumée à une marque, qui se vendrait à la façon d’un vieux matériel à recycler ; c’est d’abord le patrimoine moral et professionnel d’auteurs qui ont précisément œuvré au service des publics."

 

une strip tease