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Vinciane Despret et Tanguy Habrand, lisez-vous le belge ?

Quel rapport les auteurs et autrices entretiennent-ils avec la littérature de Belgique francophone ? Dans le cadre de l'opération "Lisez-vous le belge", nous avons eu envie d'en savoir plus et avons proposé à des auteurs et autrices de roman, de BD, d'essai, de livre jeunesse et de presse de répondre à un petit questionnaire à ce sujet. Merci à Vinciane Despret et Tanguy Habrand, de s'être prêtés au jeu : quel est leur personnage favori dans la littérature belge ? leur maison d'édition préférée ? leur livre le plus belge ? Réponses (et autres petites indiscrétions) ici !

 

 5. Vinciane despret


Si vous deviez définir la littérature belge en un mot, quel serait-il ?

Expérimentations (souvent joyeuses) des limites

Quelle est votre œuvre la plus belge ?

Je ne pensais généralement pas en termes de littérature belge, mais à bien y réfléchir, j’ai eu un choc décisif lors de la lecture de La Province oubliée, de Jean-Marc Gay (Labor, 2001).
J’y ai trouvé tout ce que j’allais apprendre à aimer des autrices et auteurs de mon pays, de sa langue et de son rire, de ses invraisemblables audaces, de sa manière de ne pas se prendre au sérieux, et que je retrouverai chez les auteur.es qui me ramèneront chez moi, à chaque fois avec bonheur : l’humour le plus déjanté, une imagination héritière d’Oulipo qui remplit les interstices du réel avec les choses les plus désarçonnantes (vous rencontrerez une héroïne nommée Scandinavian Airlines), des archives montées de toutes pièces, l’exploration des limites de la langue, tout est décalé, comme autant de glissements, de légers dérapages du réel — un réel qui se moquerait de nous, gentiment, et c’est pour cela que c’est de l’humour, et non de l’ironie. Et une formidable liberté qui ne cesse de se jouer des contraintes, et avec elles.

Chère Vinciane,
Pour la deuxième question - qui était peut-être mal formulée - on voulait a priori savoir laquelle de vos propres œuvres vous semblait la plus belge, mais comme réponse est super on peut tout à fait reformuler la question pour que ça colle... sauf si vous préférez adapter la réponse.

La question n’était pas mal formulée : de fait, si vous m’aviez demandé « quel est votre livre préféré ? » l’ambiguïté aurait pu, dans ce cas, me fourvoyer. Mon erreur a donc été d’associer hâtivement « livre » et « œuvre », et « belge » et « belge préféré » — le malentendu étant probablement une de mes spécialités (peut-être belge également), comme on le verra à la réponse de la question 4 (à moins que ce ne soit un héritage culturel de ma grand-mère qui, profondément sourde depuis sa jeunesse, manifestait une capacité admirable, disait mon père, d’entendre ce qu’elle avait envie d’entendre) .
Je vous propose de garder la réponse à la question non-posée, et d’y ajouter celle-ci, plus courte.

Je dirais que dans ce qui en est des écrits passés, ce sont certainement certains chapitres du livre Que diraient les animaux … si on leur posait les bonnes questions ?, et plus précisément les chapitres « Zoophilie », « Queer » et « Menteurs » ( à noter que le chapitre « Corps, répondant à la question de savoir s’il est bien dans les usages d’uriner devant les animaux, pourrait également y figurer).
Le plus belge toutefois reste encore à venir, sous la forme d’une petite nouvelle qui paraîtra dans une trilogie ce prochain printemps (Autobiographie d’un poulpe et autres récits d’anticipation) et qui s’intitule : La cosmologie fécale chez le wombat commun (Vombatus ursinus) et le wombat à nez poilu (Lasiorhinus latifrons).

Avec quel·le auteur ou autrice belge aimeriez-vous collaborer ?

Christine Van Acker, pour apprendre, avec elle, à écrire avec la peau, le ventre, le sexe, l’ouïe, l’odorat, pour oser écrire la bouche pleine, à voir plus et à sentir plus dans un réel qui ne cesse d’appâter — apprendre à me faire appâter à mon tour.
Et pour les mêmes raisons et d’autres encore, Antoine Wauters et Christine Aventin, pour apprendre également avec eux à vaincre la peur des situations limites et à trouver le courage fou de s’y coltiner, et pour découvrir/activer avec eux, qui savent tellement y faire, des expérimentations narratives et les usages de la langue qui y conduisent (pour lui je pense particulièrement à Moi, Marthe et les autres et pour elle à Breillat des Yeux le Ventre et Portrait nu).

Qui est votre personnage favori dans la littérature belge ?

J’avais d’abord compris votre question comme une question sur les héros de la littérature belge. Et je me suis retrouvée renvoyée aux bandes dessinées que je dévorais dans mon enfance — Ric Hochet, Tif et Tondu, et surtout Benoît Brisefer. Peu d’héroïnes à l’époque, elle n’étaient pas très nombreuses, si ce n’est Yoko Tsuno (que j’adorais pour des raisons qui me semblent encore évidentes).
Puis, à l’adolescence, j’ai découvert la narratrice de La maison de papier et d’Allegra — des héroïnes de vie quotidienne, qui faisaient de la vie de tous les jours, par une attention soutenue et généreuse à tout ce qui fait la vie, une œuvre. Je crois que cette rencontre initiatrice a profondément marqué la lectrice que j’étais en train de devenir.
Cette lectrice que je suis devenue et qui par exemple, s’est intensément attachée à chacune des narratrices et chacun des narrateurs des nouvelles de Nous sommes à la Lisière, de Caroline Lamarche. Je dis narrateurs, car il y a au moins un homme parmi elles/eux, mais ce sont, fondamentalement, même avec une assignation de genre non féminin, mes héroïnes — voire, des héroïnes multispéciques.

Quel est le lieu, en Belgique, où vous êtes le mieux pour lire ?

Chez moi, à Liège, dans ma cour, au soleil, entourée des bruits diffus du voisinage, la vie qui arrive feutrée, sans demander qu’on y prête attention mais qui vous rassure de sa présence, qui vous permet de faire de temps en temps une halte dans le fil de la lecture, de revenir ici et maintenant, et d’apprécier plus encore l’ailleurs dans lequel un.e auteur.e vous a embarquée.

Quelle est votre maison d’édition belge préférée (que vous ayez déjà travaillé ensemble ou que vous rêviez d’y être édité·e) ?

Sans hésitation : Zones sensibles, avec joie et fierté — je me sentirais à la maison, entourée de gens que non seulement je lis mais dont je peux dire de certains que je les aime.


Tout savoir sur Vinciane Despret en visitant sa fiche Bela !

 

5. tanguy habrand

Si vous deviez définir la littérature belge en un mot, quel serait-il ?

Contingente.

Quelle est votre œuvre la plus belge ?

Sans hésiter, Histoire de l’édition en Belgique, coécrite avec Pascal Durand.

Avec quel·le auteur ou autrice belge aimeriez-vous collaborer ?

J’aurais aimé travailler avec Éric Duyckaerts, un artiste performer qui a beaucoup tourné en dérision les discours de la philosophie et des sciences humaines. Dans le domaine de l’illustration, Olivier Deprez, pour son travail et les valeurs qui se dégagent de son travail. Dans le domaine de l’essai, Laurent de Sutter, mais la lecture de ses textes est déjà une collaboration en elle-même, car c’est un auteur qui invite au dépassement de soi.

La plupart des collaborations se passent toutefois entre collègues ayant en commun un objet et/ou une discipline, dans des réalisations qui ne prennent pas nécessairement la forme d’un livre.

Qui est votre personnage favori dans la littérature belge ?

Un certain Plume, d’Henri Michaux.

Quel est le lieu, en Belgique, où vous êtes le mieux pour lire ?

Que ce soit pour lire ou pour écrire, je n’ai pas de lieu de prédilection : canapé du salon, table de la salle à manger, en bibliothèque, au bureau. Le seul élément stable, c’est le livre. Et le téléphone. Et l’ordinateur. Qui complètent le livre ou qui ont tendance à m’en détourner.

Quelle est votre maison d’édition belge préférée (que vous ayez déjà travaillé ensemble ou que vous rêviez d’y être édité·e) ?

Je suis vraiment impressionné par les éditions Zones sensibles, à tous niveaux : le choix des titres, le suivi éditorial, le graphisme, le modèle économique. À mes yeux, leur travail est exemplaire et d’une grande justesse.

Tout savoir sur Tanguy Habrand en consultant sa fiche Bela !


Lire aussi les réponses d'Aïko Solovkine et Kenan Görgün, d'Aliénor Debrocq et Jérôme Colin, de Maud Joiret et Timotéo Sergoï  et de Françoise Rogier et Emile Jadoul !

Pour aller plus loin

. La campagne de promotion Lisez-vous le belge est coordonnée par le PILEn. Au menu pendant 6 semaines : des sélections de livres, des interviews, des articles de fond et des portraits pour célébrer la diversité et la richesse de notre littérature et mettre en avant tous les acteurs participant à son existence, toutes les voix et les visages du livre belge francophone.

. Rendez-vous sur la page facebook de la campagne Lisez-vous le belge, que vous pouvez aussi retrouver sur LinkedIn ou sur twitter en suivant le hashtag #lisezvouslebelge.

. Découvrez ce qu'en disent les médias : La Libre Belgique, BX1, 7sur7, Actualitté, La Première...

. Et bien-sûr, est-il besoin de le préciser, lisez des livres belges !

 

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