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Focus sur Claire Gatineau & Yves Robix, Prix Scam du Parcours Radio en 2020

"Le Grain des choses, c’est une texture inhabituelle, fragmentaire, poétique ; la juxtaposition de moments de vies qui, ensemble, composent une lecture de notre temps" : quelques mots pour commencer à décrire le travail de Claire Gatineau et Yves Robic, qui ont reçu le Prix Scam 2020 du Parcours Radio pour leur revue sonore Le Grain des choses. Découvrez à cette occasion leur bio, mais aussi l'éloge écrit pour eux par la Commission sonore de la Scam, et un portrait des lauréats, que nous félicitons encore et encore !

 

L'autrice & l'auteur

Claire Gatineau crée dans divers domaines. À ce jour, écriture, dessin et création radio. Parmi ses textes, Au-dessus de la plaine, Balthazar, Dieu et Moi, D’Andréas à la maison.
Pour le trait, des illustrations dans différents médias, un film d’animation en préparation.
Pour le son, les documentaires Sortir de ce jardin et Un monde vécu, coréalisé avec Yves Robic et la revue sonore Le Grain des choses qu’ils fondent ensemble.
Ce qui les croise et qui les lie, un goût aigu pour la narration.

Au départ, Yves Robic se destinait à devenir gardien de phare... mais l’automatisation de la profession a eu raison de ce rêve.
Quelques temps sur le Phare de Planier, au large de Marseille, lui permettent d’en faire l’expérience malgré tout et d’emmagasiner des images et des sons : une pluie d’étoiles filantes en pleine mer, les faisceaux lumineux comme les ailes d’un moulin, et le son des énormes moteurs diesel qu’il lui fallait mettre en route chaque soir...
De retour à terre, ce ne sera pas l’école d’électromécanique de Brest, mais la fac d’histoire à Aix, le théâtre, la musique et, de fil en aiguille, la création radiophonique...
Mais déjà avec un ami à l’école primaire, il enregistrait des cassettes de fausses disputes et bagarres à faire écouter ensuite à ses copains ! Le hasard n’est pas de ce monde...


À voir, à lire, à écouter

. Les pages Bela de Claire Gatineau et Yves Robic

. la revue Le Grain des choses


L'éloge du comité

Le Grain des choses, c’est le rêve un peu fou d’un auteur et d’une autrice radio, le pari d’une revue qui se feuillette avec les oreilles. Le Grain des choses, c’est une invitation à réinventer ensemble le monde, à l’écouter dans sa diversité, sa complexité, sa richesse; un lieu coopératif, un cadeau pour celles et ceux qui écoutent, pour celles et ceux qui racontent. Le Grain des choses, c’est une texture inhabituelle, fragmentaire, poétique; la juxtaposition de moments de vies – contés, murmurés, mis en son ou en musique – qui, ensemble, composent une lecture de notre temps.

Avec le Prix Scam, nous voulons saluer la revue et ses multiples voix, et souligner leur réactivité et leur inventivité en temps de confinement. En mars 2020, l’équipe a lancé un appel à sons: une invitation large à sonder le présent pour imaginer le futur, courir sur les toits, écouter le foisonnement de nos vies, les voix qui se répondent, dans le silence du monde paralysé par le virus.

En cette période si particulière, Le Grain des choses nous rappelle avec force ce qui nous fait vivre et nous relie.

Merci Yves Robic et Claire Gatineau, en plus de vos œuvres personnelles que nous saluons ici aussi, d’avoir donné vie au Grain des choses et de le faire vivre au quotidien.

Paola Stévenne, Isabelle Rey, Layla Nabulsi, Guillaume Istace, Fabrice Kada et Rémi Pons pour la Commission Sonore

Une revue radiophonique pour semer des possibles

Claire Gatineau et Yves Robic sont à l’origine du projet radiophonique Le Grain des choses, nouveau média apparu dans le monde audiovisuel en janvier 2019 et qui compte à cette heure trois numéros et un hors-série. Le Grain des choses est une revue à feuilleter avec les oreilles, au rythme d’épisodes à écouter séparément ou à la suite, en fonction du temps dont on dispose. Car c’est aussi cela, ce magazine : laisser à chacun·e l’opportunité de s’emparer des différentes formes proposées, que l’on s’intéresse à la fiction, aux récits journalistiques ou encore à la poésie. Le Grain des choses est une invitation à prendre le temps, à se poser pour se documenter et tenter de comprendre le monde.

Pour nourrir le contenu de leur projet, les deux artistes se sont entouré·es de nombreux partenaires afin de créer une pluralité salvatrice. Chaque numéro rassemble une équipe particulière et ponctuelle, le renouvellement permettant ainsi de mettre en valeur des écritures riches et variées. C’est ainsi que se croisent la poétesse Laurence Vieille, la journaliste Anne-Cécile Huwart, la comédienne Caroline Berliner, l’autrice Véronika Mabardi, le romaniste et économiste Edgar Szoc mais aussi le collectif des Actrices et Acteurs des Temps Présent, l’autrice et militante Irène Kaufer ou encore l’universitaire Jacinthe Mazzocchetti.

Interview croisée à bâtons rompus.

Quelle est l’origine de ce projet atypique ?

Y. R. : La question de l’origine, c’est toujours un peu compliqué parce qu’on pourrait retourner super loin, en fait. C’est vrai que dans le premier documentaire qu’on a fait ensemble Claire et moi, et qui s’appelle Un monde vécu, on partait à la rencontre de groupes de personnes qui imaginaient des alternatives économiques, sociales, humaines au monde actuel.
Ce travail portait déjà certaines idées présentes dans Le Grain des choses : comment faire récit, comment faire communauté, société, autrement... on peut faire récit en prenant des chemins qui essayent de développer d’autres grammaires. En médias, pour parler du monde, c’est la question de la grammaire journalistique qui va très vite apparaître. On se dit en quelque sorte que c’est l’affaire des journalistes. Avec Le Grain des choses on essaye d’autres manières de faire récit de ce qu’on traverse, du monde et de son actualité.

C. G. : Et aussi, un des points de départ d’Un monde vécu, c’était la question des graines et des semences. Ce documentaire date de 2016 et les germes étaient donc déjà là. Un an plus tard, nous avons commencé à travailler sur le projet de coopérative et le premier numéro est paru un peu plus de deux ans après.

Comment qualifieriez-vous Le Grain des choses ?

C.G. : Au départ, on a toujours nommé notre coopérative comme une coopérative d’auteur·trices et d’auditeur·trices. Et dans le hors-série que nous avons édité lors du premier confinement en mars 2020, on s’est rendu compte qu’on était concrètement dans cette communauté que l’on voulait créer. Parce qu’il y avait des professionnel·les, mais aussi des gens qui étaient moins aguerris pour le son, des gens pour qui c’était la première fois.
Ce mode de fonctionnement, on l’a affiné dans le numéro trois en faisant à la fois des commandes à des professionnel·les soit de la littérature, soit de la radio et puis l’appel à sons destinés aux auditeur·trices. Cette notion de communauté commence à prendre corps au-delà des gens qui sont réellement coopérateurs.

Y.R. : L’idée d’un numéro construit comme une sorte de grand forum, de quelque chose qui s’étire sur une durée de deux mois nous semble très riche. Mais on y réfléchit encore… On vient de l’expérimenter à nouveau lors du dernier numéro de novembre/décembre 2020, et nous allons maintenant voir ce qu’on peut en tirer. Une des grandes questions sur lesquelles on s’est rapidement penchés, c’est de savoir comment croiser, associer la parole de « monsieur et madame tout le monde » et puis à côté celles des universitaires, des journalistes, etc. Cela nous posait pas mal de questions, mais on a décidé de poursuivre dans cette voie en se disant qu’il fallait oser des formes.

C. G. : Se pose alors la question de la légitimité de la prise de parole. À ce moment-là, cette légitimité se transforme. Je trouve ça très puissant, très enthousiasmant, cette alternance, même au niveau de la grammaire, de la matérialité du son.

Y. R. : On n’en n’a pas fini avec l’idée d’essayer de faire se frictionner différentes matières et de se dire, tiens, qu’est-ce qui peut émerger de tout ça.


Quelle est votre ligne éditoriale ?

C. G. : Les deux premiers numéros étaient clairement dans des lignes éditoriales autour de thématiques prédéfinies. Dans le hors-série de 2020, nous avons décidé de lancer un appel à sons et de tout accueillir car la ligne éditoriale était de tenter de raconter ce qu’on traversait. Là, dans le dernier numéro, on s’est dit qu’étant donné qu’on ne parvenait pas à se projeter dans l’avenir, une des choses possibles était de s’arrêter et d’essayer de regarder autour de nous pour créer des archives du présent qui pourront nous servir par la suite pour créer la mémoire du futur. Ça crée une
ligne.

Un fait marquant de cette aventure ?

C. G. : Si ça se trouve, tu me demandes demain, et je te dirai autre chose. Mais moi, je me souviens du passage chez le notaire. On y a signé les statuts de la coopérative et il y avait un côté très officiel. On ne va pas chez le notaire tous les jours. C’était très sérieux, et en même temps, c’était le printemps et tout le monde est reparti faire ce qu’il avait à faire. C’était à la fois très sérieux et très aérien et léger. Vachement romantique, hein !!!!

Y. R. : Moi, ce sont plus des coups de cœur liés à des écoutes. Je ne pourrais pas te sortir un son particulier, mais c’est vrai qu’il y a des moments où j’ai presque les larmes aux yeux. Et puis une petite anecdote, c’est un souvenir d’engueulade avec Claire à 5h du mat’ pour boucler le numéro. On était dans ce studio ici, et on s’est engueulés, on est même partis fâchés. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il y a aussi un côté très éprouvant dans les conditions de sortie des numéros, et nous avons eu de beaux clashs (regards de connivence…).
Et aussi, à la fin du premier confinement, on a fait un montage de toute la matière qu’on avait collectée. On a appelé ça La Grande Traversée. Ce montage a été diffusé dans l’émission de Pascale Tison Par Ouï-dire (RTBF). Nous ici, et tou·tes les contributeur·trices pouvaient l’écouter en direct et chacun·e envoyait une photo de là où iel écoutait. Là, ça a été une très forte émotion.

July Robert


Pour aller plus loin

. Pour tout savoir sur le palmarès, vous pouvez lire en ligne ou télécharger la publication dédiée.

. Voyez la remise des Prix en vidéo ici...

. ... Et découvrez des photos de la cérémonie et ses coulisses là !

. lire l'article que Jean-Claude Vantroyen consacre à Charline Lambert et son prix dans Le Soir

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