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Focus sur Benoît Dervaux, Prix Scam du Parcours Cinéma 2020

« Chacun de ses films invite à la découverte d’une humanité fragile, violentée ou délaissée et qui pourtant se révèle pleine de richesses » : quelques mots pour commencer à décrire le travail de Benoît Dervaux, qui a reçu le Prix Scam 2020 du Parcours Cinéma. Découvrez à cette occasion sa bio, mais aussi l'éloge écrit pour lui par le Comité belge de la Scam et son portrait.

 

L'auteur

Après ses études, Benoît Dervaux devient l’assistant caméraman de Manu Bonmariage pour l’émission Strip-Tease à la RTBF. Ensuite, après une courte expérience de cadreur sur divers documentaires, il décide de réaliser ses propres projets. C’est au même moment qu’une longue collaboration avec Jean-Pierre et Luc Dardenne voit le jour. Leur atelier de production de documentaire Dérives produira Gigi et Monica, puis Gigi, Monica... et Bianca.

Son travail dans le cinéma est hybride : il est autant réalisateur de documentaire que directeur photo ou cadreur mais aussi professeur dans de nombreuses écoles.

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L'éloge du Comité

Cette année, le Prix du parcours audiovisuel du Comité de la Scam distingue un auteur dont les désirs et les partis pris creusent film après film le sillon d’une création tournée vers l’altérité dans toutes ses dimensions.

Benoît Dervaux, souvent salué et reconnu pour l’organicité de ses images comme chef opérateur, entre autres, des frères Dardenne, est également le
réalisateur d’une œuvre documentaire qui témoigne d’une sensibilité étonnante et d’un regard singulier. Chacun de ses films invite à la découverte d’une humanité fragile, violentée ou délaissée et qui pourtant se révèle pleine de richesses.

Pour faire jaillir la vie des recoins cachés du monde, son cinéma doit prendre le temps, celui de la rencontre, de l’apprivoisement et du partage.

Ce temps long qui seul permet de dévoiler le renoncement aussi bien que la lutte, les bienfaits du lien amoureux aussi bien que la douleur de l’exil, le désenchantement d’une mère aussi bien que les espoirs d’une enfance des rues. Benoît Dervaux pose ainsi un regard empathique sur les êtres qu’il filme, à mille lieux de la voracité télévisuelle et de l’analyse de cas, un regard généreux qu’il nous tient plus que jamais à cœur de défendre et d’honorer.


Emmanuelle Bonmariage, Nina Toussaint, Isabelle Rey, Paola Stévenne, Jérôme Le Maire, Jérôme Laffont,
Membres du Comité belge de la Scam

Un cinéaste protéiforme

De Strip-Tease à la réalisation de ses propres films documentaires en passant par le cinéma des frères Dardenne, Benoît Dervaux a roulé sa bosse professionnelle de la région de Charleroi (La Devinière) au Rwanda (Rwanda, La vie après) via la Roumanie (Gigi et Monica). Sa carrière foisonne depuis ses débuts au sein de l’équipe de Strip-Tease jusqu’à sa dernière réalisation main dans la main avec l’éditeur André Versailles, Rwanda, La vie après tout en menant en parallèle une carrière de professeur de cinéma à l’IAD à Louvain-la-Neuve.

Gigi et Monica, réalisé en 1994, est son premier documentaire pour lequel il est parti en Roumanie pour vivre avec les enfants des rues. Suivront La Devinière, À dimanche, Black Spring et enfin ce film poignant qui donne la parole à six femmes tutsies, violées par des génocidaires hutus, Rwanda, La vie après. Comme le dit si bien Isabelle Rey, membre du Comité de la Scam, Tous ses documentaires vont vers l’autre, lui tendent la main et le regardent avec une empathie généreuse. Il nous fait vraiment rencontrer les personnes qu’il filme, sans jugement, avec une étonnante profondeur. Ce qui caractérise le cinéma de Benoît Dervaux, c’est effectivement ce respect mutuel entre le cinéaste et ses personnages, son travail d’immersion sans jamais être intrusif tout en filmant les gens au plus près. L’empathie et la générosité dont il fait preuve en traitant du sort des laissé·es pour compte de notre société rend son travail profondément humain.

Avec un papa qui faisait du Super8 en amateur, Benoît Dervaux se voit très tôt plongé dans le monde de l’image. Adolescent, il est captivé par l’émission
Strip-Tease et par l’idée qu’une caméra puisse ainsi infiltrer le réel et que des films puissent exister sans l’intervention d’une voix-off.

Je suis sorti de l’IAD en 1990. En étant fort intéressé par le documentaire, j’avais hésité entre des études de réalisation et d’images. Mais comme je pratiquais la photographie en autodidacte depuis l’âge de 14 ans, je me suis tout naturellement dirigé vers des études de technique d’images parce que j’imaginais mal me séparer de l’outil. Il se fait que quand j’ai fait mes études à l’IAD, Manu Bonmariage y donnait cours. Il m’a pris comme assistant tout de suite après mes études. Le lendemain de ma promo, j’étais en tournage avec lui. Lui était réalisateur-cadreur, et joindre la réalisation au métier de l’image, cela m’émerveillait. On a continué à travailler ensemble pendant environ deux ans. C’était mon apprentissage, je n’étais pas attiré par la technique, ce n’était pour moi qu’une façon d’aborder quelque chose de plus vaste. Et puis autant Strip-Tease me fascinait à ses débuts, quand je le voyais à la télévision, autant une fois que j’ai travaillé pour l’émission, j’ai ressenti un goût de trop peu dans son approche au réel. Du point de vue de la démarche, je trouvais qu’il y avait quelque chose de trop court, cela ne me correspondait pas vraiment, j’avais envie d’aller plus loin dans ma relation avec les gens que je filmais.

Le désir de produire ses propres films apparaît alors naturellement. Il est donc parti en Roumanie où il a rencontré des gens qui développaient un programme humanitaire pour les enfants des rues.
L’envie de faire un documentaire non pas « sur » ces enfants, mais « avec » ces enfants en installant un réel rapport de confiance avec elles et eux se manifeste immédiatement. Des cinq mois passés à travailler bénévolement pour cette ONG naît son premier film, Gigi et Monica, produit par la RTBF. Celui-ci s’arrête au sixième mois de grossesse de Monica. Il ressentait une obligation morale vis-à-vis des protagonistes et y est donc retourné régulièrement durant dix mois avec une caméra et l’idée d’un documentaire pour filmer l’accouchement et les premiers mois de Bianca et finalement créer Gigi, Monica… et Bianca qui sera produit par les frère Dardenne.

Pour Julie Frères, de l’Atelier de production Dérives et productrice de Rwanda, La vie après, Gigi, Monica… et Bianca est le film le plus emblématique de Benoît : il plonge les spectateur·trices dans une expérience très forte, proche des personnages, avec un regard juste et patient. Le fait que le film ait été réalisé sur le long terme apporte beaucoup de force au récit. Les Dardenne, séduits par sa manière de travailler, sa vision d’une caméra qui quitte le socle de la technique pour se mettre au service des corps et du récit, l’engagent sur La Promesse pour une collaboration qui dure encore aujourd’hui.

Moi qui ne me destinais pas à la fiction, voilà que j’y arrivais d’une façon improbable. À l’époque, il y avait très peu de films de fiction qui se tournaient en
Belgique. Je ne me destinais pas à ce genre de parcours car je ne me voyais pas assistant caméra pendant dix ans sur des plateaux de publicité ou de fiction avant de pouvoir passer derrière la caméra et les places étaient très chères. J’y suis arrivé de façon détournée car les Dardenne m’ont proposé d’être leur caméraman. Mais entre fiction et documentaire, je n’ai jamais voulu choisir car l’un nourrit l’autre et inversement. Il enchaîne dès lors les fictions et ses propres documentaires depuis trente ans.

Rwanda, La vie d’après, sorti en 2014 est sa dernière production en date. Il donne la parole à six femmes tutsies qui racontent leur calvaire : le viol, la grossesse, l’accouchement et la condamnation à vivre avec un enfant issu de cette barbarie. Mais il donne aussi, et surtout, à voir ces enfants, une volonté du réalisateur : André Versailles m’a soumis les textes des récits de ces femmes. Mais au-delà du devoir de mémoire, ce que je voyais de très fort d’un point de vue cinématographique, c’était de pouvoir être avec les enfants. L’intérêt pour moi, si documentaire il y avait, c’était de pouvoir montrer vingt ans après ces enfants devenus grands, ces enfants avec leurs mamans.

Dans la presse spécialisée, on qualifie le cinéma de Dervaux de « cinéma direct ». Laissons-lui le dernier mot pour qualifier lui-même son art : Cinéma direct, ça ne me parle pas. Dans le documentaire, on compose une série de plans en vue d’un montage. Mais dans le tournage, on est néanmoins toujours confronté à l’inattendu. Ce que j’essaye de mettre en avant, c’est la relation humaine, la relation personne filmeuse/personne filmée. C’est une relation particulière car elle implique l’outillage. J’essaye de mettre cette relation cinématographique en avant avec le plus de transparence possible. Ce que je recherche, c’est l’échange. Pour moi, la caméra est un objet qui reçoit.
Le réalisateur doit être dans cet éveil qui permet de recevoir.

Un portrait de July Robert


Pour aller plus loin

. Pour tout savoir sur le palmarès, vous pouvez lire en ligne ou télécharger la publication dédiée.

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