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Hommage à Henri Vernes

Henri Vernes nous a quittés ce 25 juillet 2021. Arnaud de la Croix, éditeur, enseignant et écrivain belge, lui rend hommage.


« Ne m’appelez plus commandant. »

Hommage à Henri Vernes

Henri Verne nous a fait rêver. « Le monde est mon royaume » était l’alléchante devise qui figurait sur les albums de bande dessinée adaptant les aventures de son héros. Avec lui, nous partions à la découverte de régions inconnues du globe, où l’on croisait parfois de dangereuses créatures, femmes de caractère à la beauté sulfureuse et au charme capiteux, Miss Ylang Ylang ou Tania Orloff, secrètement amoureuses de l’aventurier aux cheveux coupés en brosse, qui les appelait sempiternellement « petite fille ».

Macao, l’opium, les ports et les jonques pirates, les bouges et les rades, hantés de sombres silhouettes, se glissant furtivement dans l’ombre, susceptibles des pires méfaits : Thugs fanatiques, dacoïts sanguinaires… L’ambiance fantastique qui se dégageait des lieux devait beaucoup à l’un des écrivains qu’admirait Vernes, Jean Ray, le maître de Malpertuis (1943), que l’auteur en herbe, né Charles-Henri Dewisme à Ath en 1918, avait rencontré à Bruxelles sous l’Occupation. Vernes était, comme Bob et Bill, fidèle en amitié : c’est le succès foudroyant de son personnage, depuis La Vallée infernale en 1953, qui lui permit d’imposer à l’éditeur Marabout la réédition des chefs-d’oeuvre de Jean Ray. Une opération de sauvetage que Vernes réitéra en 1962 avec les Contes crépusculaires de Ghelderode.

A l’instar du fantastiqueur gantois, Vernes se rêva une vie de baroudeur et de bourlingueur, dont témoignaient dans son appartement bruxellois des objets singuliers, épée de paladin, chaise à porteurs où panoplie de chasseur de vampires. Ce rêveur nous a fait rêver, créant de toutes pièces une mythologie où Bill Balantine, Monsieur Ming, le quai Voltaire, la Jaguar type E et le whisky Zat 77 occupent une place de choix. Tout comme cette inoubliable réplique : « -Bill, je t’ai déjà dit de ne plus m’appeler commandant. – D’accord, commandant. »

Arnaud de la Croix

 

Henri VernesCrédits : ImageGlobe