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Caroline Lamarche et Laurent Demoulin, lisez-vous le belge ?

Quel rapport les auteurs et autrices entretiennent-ils avec la littérature de Belgique francophone ? Dans le cadre de l'opération "Lisez-vous le belge", nous avons eu envie d'en savoir plus et avons proposé à des auteurs et autrices de roman, de BD, de théâtre, de livre jeunesse et de poésie de répondre à un petit questionnaire à ce sujet. Caroline Lamarche et Laurent Demoulin forment le deuxième duo de cette série, et nous les remercions pour leurs confidences, à lire ici !

 

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1. Avez-vous une citation fétiche tirée d’un livre d’un auteur ou une autrice belge ?

Ce que j’ai voulu, un train
l’emporte : chaque fenêtre éclaire
un autre passager en moi
que celui dont j’écarte au réveil

le visage de bois, les traverses, la mort.

Guy Goffette, La vie promise.

2. Où pourrions-nous vous retrouver en train de chiner, acheter ou louer des livres en Belgique ?

Partout où il y a des livres ainsi qu'un accueil et des conseils dignes d'eux. Et de préférence là où l’on peut se rendre en transport en commun ou à pied.
Je passe régulièrement à la librairie Pax ou à la bibliothèque des Chiroux à Liège, chez Tropismes à Bruxelles, à la Librairie de la Mazerine à la Hulpe. Ces lieux me voient bien plus souvent que les magasins de vêtements, de meubles ou d’électro-ménager. Par ailleurs ils offrent l’immense avantage, contrairement aux grandes chaînes alimentaires, de ne pas pratiquer l’emballage sous plastique. Donc, mangeons du livre !

3. Avec quel.le auteur ou autrice belge voudriez-vous collaborer ?

Une traductrice ou un traducteur. Pour changer de territoire et parce que je suis fascinée par l’art de traduire.
Et puisqu’il faut un.e belge, ce serait forcément un.e néerlandophone avec qui traduire à deux mains des poèmes de Leonard Nolens ou de Mustafa Kör.

4. Quel livre belge transmettriez-vous aux générations futures ?

André Baillon, Un homme si simple. L’histoire d’un homme qui se partage entre deux femmes puis s’éprend d’une enfant avant de se faire interner pour échapper à ses propres démons… Un fou ? Un grand écrivain que le quotidien détruit ? Cette œuvre burlesque et désespérée est servie par une écriture faussement simple (elle aussi !).
Je transmettrais pas mal d’autres livres, évidemment, y compris d’auteurs et d’autrices vivant.e.s. Par exemple celui que je viens de terminer : Ce qui reste de Nicole Malinconi. Ou Corinne Hoex fraîchement traduite par Katelijne De Vuyst sous une belle couverture du Poeziecentrum de Gand (édition bilingue). Ou encore Desperados de Karel Logist, que je relis trop régulièrement pour ne pas imaginer qu’il passera à la postérité.

5. Quelles particularités associeriez-vous à la littérature belge francophone ?

Elle s'écrit en français tout en se nourrissant d’un territoire particulier qui m’intéresse et m'inspire, même si certains le disent indistinct, confus, conflictuel et faussé par la politique. Il me semble que les écrivains d'ici, perpétuellement obligés de résister aux assignations territoriales, habitent leur langue avant un pays qui les fait parfois se sentir apatrides. Quoi qu’il en soit, c’est la langue française ‒ la page que je lis, la page que j’écris ‒ qui est ma première maison.

6. Avec quelle maison d’édition aimeriez-vous collaborer ?

J’avoue une attirance particulière pour les éditions FREMOK. Y œuvrent des artistes impressionnants et chaque livre y est réalisé avec audace et perfection.
Parmi mes ovnis préférés : L’Evangile doré de Jésus-Triste, un travail collectif qui revisite les gravures de Gustave Doré dans un syncrétisme subversif. Jésus y est une femme qui a dû se laisser pousser la barbe pour survivre au patriarcat et ramener la joie sur terre. Le texte d’Yvan Alagbé, artiste franco-béninois qui circule entre Strasbourg et nos contrées, est truffé de pépites « situées » (en Belgique francophone et à Vielsalm en particulier). Jubilatoire et poignant.

 

Pour en savoir plus sur Caroline Lamarche, rendez-vous sur sa page Bela !

 

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1. Avez-vous une citation fétiche tirée d’un livre d’un auteur ou une autrice belge ?

Oui ! J’en ai placé en épigraphe de certaines de mes nouvelles dans mon recueil Belgiques. L’union fait la douceur (Ker Éditions, 2021). Elles sont issues des œuvres d’Eugène Savitzkaya, de Jean-Philippe Toussaint, de Jean-Marie Piemme, d’André Baillon, de Jacques Brel et de Caroline Lamarche, mais la plus brève, qui ressemble le plus à une devise, est puisée chez Norge : « N’attendons pas le bonheur pour être heureux, mes amis ! » J’adore !

2. Où pourrions-nous vous retrouver en train de chiner, acheter ou louer des livres en Belgique ?

À Liège, dans les excellentes libraires Livre aux trésors et Pax ; à Bruxelles, chez Tropismes et à l’enseigne de la Licorne, ainsi que dans les différentes antennes de Pêle-Mêle. J’achète mes livres, neufs ou d’occasion. Je les prête parfois mais je ne les emprunte jamais.

3. Avec quel.le auteur ou autrice belge voudriez-vous collaborer ?

Je collabore régulièrement avec Jean-Philippe Toussaint, mais cette collaboration ne concerne ni mes textes ni les siens, mais son site Internet, qui est une entreprise artistique en soi. Jadis un projet d’écriture à quatre mains avait été envisagé avec un autre auteur belge prestigieux, mais cela n’a pas abouti. Enfin, j’ai fait cette année une très honnête proposition d’écriture en miroir à une écrivaine belge à la plume allègre et dynamique : celle-ci s’est montrée enthousiaste a priori, mais rien n’a encore été fait, de sorte que je préfère, à ce stade, ne pas donner de nom.

4. Quel livre belge transmettriez-vous aux générations futures ?

Oh, je ne peux pas me contenter d’un seul titre ! Délires d’André Baillon, Bruges-la-morte de Georges Rodenbach, Voyage en Grande Garabagne d’Henri Michaux, Les Frères Rico de Georges Simenon, La Femme de Gilles de Madeleine Bourdouxhe, M.M.M.M. de Jean-Philippe Toussaint, Mentir d’Eugène Savitzkaya, Hôpital silence de Nicole Malinconi, Nous sommes à la lisière de Caroline Lamarche, Bruxelles, printemps noir de Jean-Marie Piemme, Le Livre canoé de Serge Delaive, Si tu me disais viens de Karel Logist, et j’en oublie. J’ai lu avec ravissement l’intégralité de l’œuvre de la plupart de ces autrices et auteurs.

5. Quelles particularités associeriez-vous à la littérature belge francophone ?

Elle est libre et variée, moins soumise à des mots d’ordre que sa grande sœur de France. Mais je ne crois pas qu’elle présente une unité claire.

6. Avec quelle maison d’édition aimeriez-vous collaborer ?

J’ai collaboré, peu ou prou (par des textes courts dans des ouvrages collectifs ou par des ouvrages entiers), avec de nombreuses maisons d’éditions belges, disparues ou encore actives : Talus d’approche, LeFram, Les Éperonniers, Labor, Le Cri, Samsa, Marot, Le Cerisier, l’Arbre à paroles, Tétras Lyre, Le Cormier, Aden, Racine, Ker, Les Impressions nouvelles… Je suis bien entendu ouvert à d’autres collaborations, par exemple avec Esperluète, dont j’aime beaucoup les petits livres finement illustrés.


Pour tout savoir sur Laurent Demoulin, lisez vite sa fiche Bela !


Pour aller plus loin

. La campagne de promotion Lisez-vous le belge est coordonnée par le PILEn. Au menu pendant 6 semaines : des sélections de livres, des interviews, des articles de fond et des portraits pour célébrer la diversité et la richesse de notre littérature et mettre en avant tous les acteurs participant à son existence, toutes les voix et les visages du livre belge francophone.

. Rendez-vous sur la page facebook de la campagne Lisez-vous le belge, que vous pouvez aussi retrouver sur Instagram,  LinkedIn ou sur twitter en suivant le hashtag #lisezvouslebelge.

. Découvrez les interviews d'Anne Crahay et Loïc Gaume

. Et bien-sûr, est-il besoin de le préciser, lisez des livres belges !

 

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