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Liens de la RTBF à la création et à la production - Synthèse de l'atelier RTBF #2

Alors que le contrat de gestion de la RTBF est sur le point d'être renouvelé, le Comité belge de la Scam engage une vaste réflexion afin d’apporter des analyses, des témoignages et des propositions concrètes en vue de nourrir le débat et la rédaction du nouveau contrat. Précédée d'une introduction de la direction de la RTBF, la deuxième séance était consacrée aux rapports avec la création et la production indépendantes, trouvez-en ici une synthèse rédigée par Myriam Leroy.

 


Synthèse de l'introduction par la direction de la RTBF

Isabelle Rey - "élaborer un meilleur dialogue"

La Présidente du Comité belge de la Scam, Isabelle Rey, a ouvert cette nouvelle journée de débats en rappelant la fragilisation de l'audiovisuel public partout en Europe. Le Royaume-Uni vient ainsi de geler la redevance de la BBC, la Suisse quant à elle avait soumis cette subvention à un référendum qui l'a heureusement sauvée et en France, dans un contexte de présidentielle, les candidats d'extrême droite plaident pour qu'on coupe les vivres aux médias de service public (l'administrateur général de la RTBF dira ce matin que ce qui l'inquiète sans doute plus encore, c'est le silence des autres candidats sur cette question)...

Voilà pour l'ambiance. Et Isabelle Rey souligne que l'audiovisuel public est pourtant et d'autant plus un garant de la santé démocratique.
À cet égard et à d'autres, la RTBF est un partenaire des auteurs et des autrices de la création indépendante, nous ne pouvons pas nous passer d'elle et elle ne peut pas se passer de nous.

Un document de travail intitulé « Pour un nouveau contrat de gestion à la RTBF » a ainsi été rédigé par l'union des artistes Pro Spere, la SACD, la Scam et l’Union des Producteurs de Films francophones. Cette note exprime plusieurs propositions, qui vont de l'augmentation du budget alloué à la création indépendante à la réalisation d'un cadastre sur les métiers artistiques et culturels en passant par la tenue d'engagements en matière de diversité et de parité.

Isabelle Rey souligne que la Scam a à cœur de travailler avec la RTBF, d’élaborer un meilleur dialogue, une meilleure communication pour unir forces et expertises.


Jean-Paul Philippot - "les auteurs, des partenaires... parmi d'autres"

La parole est ensuite donnée à l'administrateur général de la RTBF Jean-Paul Philippot, qui précise que le contrat de gestion de l'entreprise entrera en vigueur le premier janvier 2023. D'ici-là, il sera débattu au Parlement, ce qui oblige l'administrateur général à une certaine réserve aujourd'hui.
Jean-Paul Philippot prononcera plusieurs fois le mot « complicité », qui est éloquent : complicité avec les auteurs-producteurs de contenus, nous devons travailler « en toute complicité ».

Le contrat de gestion détermine les missions de la RTBF vis-à-vis de la société dans son ensemble mais fixe également un cadre au fonctionnement d'une entreprise de près de 2000 personnes, rappelle-t-il.
Les effectifs de la RTBF ont été réduits d'environ 30% ces dernières années : il devrait être inscrit dans le contrat de gestion la manière dont ceci sera ou non stabilisé.

Des points de contexte fondamentaux sont mis en avant par l'administrateur général.

  • La société belge francophone se fracture et se polarise. On assiste à l'affaiblissement de tous les corps intermédiaires qui sont les liants de cette société, et parmi ces corps intermédiaires, on compte les médias de service public.
  • On n'a jamais consommé autant de contenu audiovisuel qu'aujourd'hui. Et le consommateur est devenu lui-même un producteur de contenus. La radio-télévision n'a plus le monopole de la diffusion de contenus audiovisuels, ce qui challenge la capacité de la RTBF à toucher tout le monde.

Si la RTBF lâche là-dessus, dit Jean-Paul Philippot, elle n'a plus de raison d'être. Et il n'y a plus non plus de bonne justification à la redevance, ce qui donne raison à ceux qui questionnent la légitimité de l'audiovisuel public dans ce nouveau paradigme.
Il faut dès lors convaincre le spectateur d'y rester, dans un nouveau champ de compétition où l'on assiste à une uniformisation des goûts et des tendances et une raréfaction des acteurs. En effet, le paysage médiatique belge est engagé dans une mutation d'une extrême rapidité, de rachats en concentrations, les acteurs, les décideurs, se sont drastiquement réduits et certains ont pris beaucoup de distance par rapport à la Belgique francophone.

Dans cet écosystème chamboulé, la RTBF doit aussi révéler les créateurs, les talents, être vitrine et actrice de leur rayonnement.
Être à l'écoute de toutes et tous. Investir en formation, temps, technologies pour ses travailleurs, et renforcer les liens, au sens large.

Tout cela nécessite des moyens, et ce sera une des clés de la négociation. Moyens directs ou propres, financés par le budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou par des activités commerciales...

Il y a deux piliers dans la réflexion de l'entreprise publique actuellement.

  • La création et la production ; créer et sécuriser ensemble la propriété intellectuelle qui la rendra visible et audible.
  • La notion de service universel dans l'espace numérique.

Il n'y a dans l'univers numérique aucune obligation de diffusion (alors que jadis dans l'espace hertzien un opérateur de SP était par essence en pole position sur les télécommandes).

Alors : soit l'audiovisuel public abandonne aux GAFAM le soin de la recommander, de la répertorier et elle perd tout contrôle, soit elle les paye (cher) pour être référencée (et elle n'a pas ces moyens), soit elle développe au moyen de ses plateformes un contact avec tous les Belges francophones sur base de ses infrastructures.
Raison pour laquelle elle a investi dans Auvio, structure qu'elle a ouverte à des acteurs locaux et partenaires. Raison pour laquelle pour Auvio, de manière générale, la RTBF a fait le choix de la gratuité.

Jean-Paul Philippot insiste sur le fait que même si les auteurs et autrices indépendants sont parties prenantes de la réflexion et de la stratégie de la RTBF, ce ne sont pas les seuls. Et le document de travail de Pro Spere, la SACD, la Scam et l’UPFF l'a choqué et attristé. Il le répète plusieurs fois. Il parle de malentendu et d'incompréhension sur les enjeux.

Parmi eux, et en priorité, l'enjeu sociétal, culturel, démocratique. Par exemple : le  30 janvier est prévue encore une manifestation relative aux mesures sanitaires et les techniciens et journalistes de la RTBF devront, pour la couvrir, soit dissimuler leur identité, soit se faire accompagner par des agents de sécurité.
Continuer à informer dans la tendance qui est la nôtre actuellement passe par le maintien et la restauration d'un lien de confiance entre le média public et toute la société.
La RTBF doit s'adresser à toutes et tous, martèle Jean-Paul Philippot, semblant sous-entendre que le document évoqué témoignerait de peu de souci d'un certain public.

Pour résumer : dans un contexte d'hyper concurrence et de défiance par rapport aux médias et aux médias de service public en particulier, la RTBF n'a de raison d'être que si elle s'adresse au public le plus large possible, et qu'elle s'en donne les moyens. A cet égard, les auteurs sont des partenaires, mais des partenaires parmi d'autres.


Sandrine Roustan - "faire de la création son obsession"

De son côté Sandrine Roustan, Directrice Générale du pôle Contenus de la RTBF affirme faire de la création son obsession. Car en effet, ce n'est pas Netlfix qui fera une priorité de venir tourner du documentaire en Belgique, et en tous cas pas avec notre talent.
Sandrine Roustan détaille l'éventail des cases dévolues au documentaire à la RTBF : l'offre est selon elle très importante. Il n'est pas interdit d'en tirer un bilan positif. Un satisfecit.

Elle souligne que les documentaires sont hyperpromus à la RTBF, sur les réseaux sociaux par exemple (ce qui permet de les faire rayonner bien au-delà de nos frontières), qu'ils sont également mis en valeur sur les diverses antennes de la RTBF, et Sandrine Roustan se demande si nous nous sommes bien tenus au courant de ce battage qui est, selon elle, unique dans le paysage audiovisuel francophone.


Xavier Huberland - "une approche de programmation complémentaire"

Xavier Huberland, directeur général du pôle médias de la RTBF nous présente ensuite la typologie des publics définis par la RTBF :

  • Un public "de conquête" – 25-35 ans, qui veut du fond et du divertissement. Sa marque repère, c'est Typik.
  • Un public jeune – 15-25 ans, qui n'est pas simple à aller toucher, car moins d'un tiers regarde encore la télé. Il est primordial d'investir les réseaux sociaux pour lui parler
  • Un public – 35 ans et plus, qu'on retrouve sur la Une et Vivacité, et qui veut, entre autres, partager des divertissements et des activités sportives.
  • Et un autre public de 35 ans et plus, qui cherche l'approfondissement de certains sujets et l'assouvissement de passions diverses (c'est le public de La Première et la Trois)

Chaque soir la RTBF aurait une approche de programmation complémentaire.
Xavier Huberland, pour illustrer cette complémentarité, cite des médias comme Jam, Tarmac, Ouftivi, et même un média orienté « jeux vidéo ». Sans oublier les radios qui ont elles aussi une offre complémentaire.

Il mentionne que la RTBF est présente sur Tik Tok avec un nouveau compte intitulé Mise a jour, basé sur l’information, avec 30 000 abonnés 4 mois après sa création et des vidéos qui comptabilisent plus de 400 000 vues.

Synthèse de la séance - les liens de la RTBF avec la création et la production indépendantes

Anne Vanweddingen, responsable de l'Action culturelle et du Service des Auteurs de la Scam, modérait ce panel (revoir ici le programme).

Parmi les interventions ultérieures, du côté des auteurs, pour schématiser :

  • On se demande comment financer le non linéaire,

  • On dit qu'on goûte peu l'expression « documentaire de création », ce qui est aussi la position de Jean-Paul Philippot. Il n'y a pas à créer artificiellement de catégories en la matière, l'une vertueuse et l'autre qui ne le serait pas.

  • Dans la salle, on rapporte par ailleurs que si les auteurs ne sont qu'un partenaire parmi d'autres pour la RTBF, la RTBF n'est aussi qu'un partenaire parmi d'autres des auteurs.

  • On insiste cependant sur le fait que les médias de diffusion ont un rôle à jouer pendant le développement des projets, notamment documentaire.


Du côté sonore

Jusqu'ici, il a été évoqué essentiellement le documentaire télévisé et cinéma.

On prend à présent quelques minutes pour parler de podcast. Et de cette appellation peu satisfaisante, « podcast », qui part du principe que la diffusion non-hertzienne suffirait à définir le contenu.

Le cas d'une enveloppe de 100 000 euros retirée au Fond d'Aide à la Création Radiophonique et allouée à des projets de podcasts, formatés en amont par la RTBF est discutée. L'emballage qui déterminerait le contenu du cadeau, n'est pas du goût de l'intervenant, Gregor Beck (président de la commission consultative du FACR).

« L'emballage qui déterminerait le contenu du cadeau » : cette expression résume parfaitement les craintes des auteurs, et ce qui nous rassemble, aussi, ici, aujourd'hui.


Engager le dialogue avec tous les maillons de la chaîne

Marie Mandy est ensuite invitée à s'exprimer. Marie Mandy c'est un parcours de 25 ans de réalisation de documentaires, dont la plupart ont été soutenus par la RTBF. Elle exprime sa gratitude par rapport aux chaînes qui ont offert leur public à ses films. Elle insiste sur l'ampleur de l'espace de création en télévision.

Il faut privilégier le dialogue avec le chargé de programme. Même entre le réalisateur et la chaîne, et pas seulement entre le producteur et la chaîne.
Elle se pose la question de pourquoi les chargés de programmes « ne parlent pas avec nous ». Et de comment recréer du lien avec eux, pour être sûrs de faire le même film et de poursuivre les mêmes objectifs.

Pour les diffuseurs : un film = un sujet. Or, pour Marie Mandy, un film = un regard.

Ainsi que le réclamera un autre participant plus tard, il faut mettre en place « un espace de parole structuré et structurant ». Pour résumer, comme il fut dit le 11 janvier lors de la première journée de débats sur le contrat de gestion (par des intervenants qui cette fois parlaient « côté patrons », en quelque sorte) : nous ne parlons pas la même langue.

Concrètement, et pour donner un exemple parmi d'autres, regrette Marie Mandy, le diffuseur plaide pour une généralisation de la voix off car le spectateur écouterait de plus en plus le documentaire. Or, Marie Mandy souhaite que ses films, on les regarde.

Elle soulève enfin le sujet de la promotion et estime qu'elle est insatisfaisante, notamment parce que les attachés de presse sont trop peu nombreux et ont trop de travail. Elle plaide pour qu'on ne privilégie pas uniquement les réseaux sociaux pour la promotion.

Sur le point linéaire/non linéaire elle note que ce sont des univers et des services étanches, des mondes séparés qui ne communiquent pas et qui se privent donc d'un certain nombre de cartouches.


"Mieux organiser, anticiper, absorber d’éventuels conflits"

Enfin, Tanguy Roosen, directeur juridique de la Scam clôt cette matinée en évoquant la problématique des séries, en particulier le fonds des séries, qui est un magnifique laboratoire permettant de développer des projets pour les auteurs et les producteurs ainsi que pour la RTBF. Laboratoire qui rencontre les envies et besoins des trois parties. Tanguy Roosen parle de trilogue.

Tout n'est pas toujours simple dans la création de séries, Tanguy est malheureusement arrivé sur ce terrain par le biais de conflits divers, notamment via un processus judiciaire pour que des auteurs récupèrent des droits.
La SACD s'est demandée comment mieux organiser, anticiper, absorber (...) d’éventuels conflits concernant des auteurs et autrices, et a mis au point des mécanismes pour les amortir.

Le Fonds Séries a généré des frustrations, qui ont suscité des adaptations du côté de la RTBF, dans le but également d'améliorer le processus d'écriture. L'arrivée d'une nouvelle personne à la place de Sylvie Coquard à la tête de la fiction à la RTBF entraînera nécessairement une nouvelle dynamique de travail.
Par ailleurs : Le podcast et les webséries sont de nouveaux formats qui entraînent de nouveaux types de contrats.

Le financement plus faible de ces formats ne doit pas entraîner la diminution de la rémunération des auteurs et autrices, proportionnellement à ces budgets.
Notre ambition est de contribuer, de manière générale, à améliorer les conditions de vie et de travail des auteurs et des autrices.


Tous nos remerciements à Myriam Leroy pour cette synthèse complète, fidèle et précise.


Pour aller plus loin

. Lisez les premières réflexions de la Scam à ce sujet

. Découvrez la synthèse et la captation de la première séance : enjeux et missions du service public.

. Le 21/02, nous vous invitons à un dernier atelier qui sera consacré à la politique et aux missions prioritaires de la RTBF : votre voix compte, venez y participer !