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Politiques et missions prioritaires de la RTBF. Synthèse de l'atelier RTBF #4

Alors que le contrat de gestion de la RTBF est sur le point d'être renouvelé, le Comité belge de la Scam engage une vaste réflexion afin d’apporter des analyses, des témoignages et des propositions concrètes en vue de nourrir le débat et la rédaction du nouveau contrat. La dernière séance était consacrée aux enjeux majeurs devant être adressés par la RTBF ; trouvez-en ici une synthèse rédigée par Myriam Leroy.

 
Synthèse de la séance - les enjeux majeurs à faire figurer dans le contrat de gestion, et les moyens d'y faire face

Ce dernier atelier consacré à l'avenir de la RTBF est l'occasion de prendre connaissance de la vision qu'en ont une série d'acteurs de monde politique et culturel.

Le mot le plus prononcé : « local ». Renforcer le local, les acteurs locaux, les contenus locaux...
Le nom le plus cité : Pandore, la nouvelle série RTBF, paraissant aux yeux de la plupart des intervenants représenter un essai à transformer, un idéal à atteindre, tant dans sa réussite formelle que dans la manière dont l'œuvre porte, indirectement, une mission d'éducation permanente. Mais aussi à travers ses différentes possibilités de « consommation » : en linéaire ou en replay, sur Auvio.

L'intérêt de l'outil Auvio est par ailleurs louangé par les différents panels, même si des inquiétudes s'expriment quant à l'intégration à la plateforme de contenus payants et/ou issus du privé.

Des avis plus polarisés se font entendre sur l'éventuelle suppression de la publicité à la RTBF, ainsi que sur la tension entre prise de risques par l'audiovisuel public et sa nécessité de s'adresser à tous.

La gouvernance de l'entreprise publique, via son conseil d'administration pourrait, selon plusieurs intervenants, être « modernisée », appartenir davantage à ses publics, à travers, par exemple, la diffusion de ses débats.

Isabelle Rey, Présidente du comité belge de la Scam rappelle en ouverture de séance que nous, les autrices et les auteurs, croyons en l'importance d'un service public audiovisuel, source d'information pluraliste et indépendante, investi d'une mission éducative à destination d'un public large et jouant un rôle de premier plan dans la diffusion de la culture.
La RTBF, en particulier, est un employeur majeur du secteur culturel. En ce qui nous concerne, elle est bien souvent notre coproductrice et notre diffuseuse. Nous avons besoin d'elle et elle a besoin de nous.

Panel politique

François de Smet, pour Défi

François de Smet a un triple angle de vue sur la RTBF, en tant que spectateur, ancien chroniqueur, et aujourd'hui avec sa casquette politique, interlocuteur.
La mission phare du service public belge francophone, à son sens, est de proposer un accès au public le plus large au plus grand nombre de créateurs locaux.

Il pointe deux réflexions à prioriser :

  • La place de la publicité à la RTBF. S'il peut sembler irréaliste d'imaginer s'en passer, on peut espérer tendre vers sa suppression. C'est déjà le cas ailleurs en Europe. Selon François de Smet, avec la publicité telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, la RTBF attire des produits commerciaux l'éloignant de ses missions.
  • La place accordée aux créateurs. Il cite la série Pandore : elle est belge, elle remplit une mission d'éducation permanente, et elle prend des risques.


Jori Dupont, pour le PTB

Jori Dupont s'intéresse surtout à la manière dont on traite les travailleurs au sein de l'entreprise. Initialement ils étaient statutaires, aujourd'hui moins de 30% des travailleurs de la RTBF le sont ; le statut aurait disparu en même temps que les concours.

Or le statut lui semble important, notamment au sein des rédactions, où les journalistes subissent des pressions et ont besoin de bénéficier d'une protection garantissant leur indépendance. Il cite l'exemple du président du MR qui publie régulièrement des tweets hostiles au personnel de la RTBF.
Jori Dupont souligne la qualité de l'outil Auvio, mais s'inquiète de voir y débarquer du contenu payant, et du privé comme des programmes de LN24...
Le PTB entend aussi défendre une proposition de quotas au sein de la RTBF pour mieux promouvoir la diversité ; quotas de femmes et quota d'artistes moins connus, entre autres...

Enfin, il suggère d'optimiser le contrôle démocratique du conseil d’administration de la RTBF, en le rendant davantage public. Pourquoi pas, en en diffusant les réunions en vidéo.

Benoit Dispa, pour le CDH

Benoît Dispa souhaite partir de l'évaluation des missions de la RTBF, globalement positive, qui a été réalisée par le Conseil Supérieur de l'audiovisuel. Elle souligne cependant des manquements, comme les cases peu compétitives accordées à certains contenus, ou à l'accessibilité du média auprès des publics malvoyants et malentendants.

Les priorités qu'il avance sont les suivantes :

  • Pérenniser le plan Restart pour valoriser les acteurs culturels de la FWB.
  • Réfléchir à la désinformation, au complotisme au sujet desquels l'audiovisuel public devrait jouer un rôle pédagogique de premier plan.

Il estime que la statutarisation n'est forcément pas la réponse à tout mais que le contrat peut constituer un rempart contre la précarisation des travailleurs.

À propos de l'éventuelle suppression de la publicité à la RTBF, Benoît Dispa se pose la question de la soutenabilité d'un tel horizon. La viabilité de la FW-B lui semble mise en fragilité actuellement. Par conséquent, ses institutions aussi.

Quant à la gouvernance de la RTBF : le modèle actuel de politisation semble avoir atteint ses limites. On pourrait imaginer un pilotage faisant place aux experts, aux spécialistes... Qui pourraient se faire entendre depuis l'intérieur même de la RTBF.


Matteo Segers, pour Ecolo

Matteo Segers exprime une nécessité d'évaluation de la RTBF. Evaluation qualitative avant tout, de la manière dont la RTBF interagit avec la société.
Il indique qu'Ecolo porte le combat sur la suppression de la publicité, et pas uniquement la publicité à la télévision linéaire.

Les chevaux de bataille d'Ecolo en ce qui concerne la RTBF :

  • la diversité – et pas seulement en matière de représentation.
  • la parité – la place des femmes l'enjeu numéro un en termes d'évolution des médias. Il faut qu'elle ne soit même plus une question demain.
  • le respect des personnes qui y travaillent – derrière chaque création il y a une filière, et l'ensemble du champ doit être considéré.
  • et une forme d'exemplarité en matière d'emploi – il y a une grande diversité de situations au sein de la RTBf avec des personnes très précaires et des moins précaires. Le contrat de gestion devrait prévoir de sortir les plus fragiles de la précarisation.

La RTBf doit exister avec les gens qui font la RTBF. Il y a des tensions en interne, qui doivent être apaisées.


Charles Gardier, pour le MR

Il a été positivement impressionné par le positionnement de la RTBF durant la crise sanitaire, par sa mobilisation pour promotionner nos artistes. En tant que libéral, les quotas ne sont pas « sa tasse de thé » mais il estime que la proportion d'artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles programmés par la RTBF était insuffisante. Avec Restart on s'est rendu compte que ces artistes existaient et qu'ils avaient du talent. Ces bonnes habitudes doivent perdurer après la pandémie.

Olivier Maroy, pour le MR

Le numérique a enrichi le paysage audiovisuel. Mais les médias se sont aussi concentrés. (Il évoque le rachat de RTL par Rossel et DPG Médias, ainsi que le rachat de l'Avenir par IPM.)
Le futur s'annonce compliqué pour la RTBF dans une situation de concurrence féroce. Mais au MR on pense que le salut viendra des contenus locaux. La série Pandore en est un bel exemple.

Parmi les points d'attention du MR sur l'avenir de la RTBF :

  • L'augmentation du pourcentage de diffusion de productions issues de la FWB.
  • La RTBF ne devrait pas devenir une sorte d'Arte, pointue et intello, mais s'adresser à tous les publics.
  • Auvio est une formidable réussite, un instrument central de la stratégie de la RTBF qui doit rester gratuit, même si on peut tolérer une partie premium.
  • Concernant la gouvernance, il n'est pas certain que nommer des gens qui ne sont pas clairement attachés à un parti fera évoluer les choses dans le bon sens.
  • Et puis le MR veut renforcer le pluralisme des opinions exprimées sur les antennes de la RTBF, car il lui semble que ce sont toujours les mêmes qu'on entend.


Panel culturel


Karim Ibourki du CSA

Note un hiatus entre la consommation audiovisuelle des jeunes et des plus de 35 ans. Si nous ne voulons pas que notre média de service public se ghettoïse, il faut lui permettre une certaine souplesse pour faire face aux évolutions du paysage et des habitudes. Sinon, il risque d'être rapidement dépassé. L'environnement de la RTBF est mouvant et évanescent, on doit donner au média les moyens de s'y adapter.

Cette latitude laissée à l'opérateur pour pouvoir développer, innover, faire de la recherche, prendre des risques (...) demande de l'argent.

Or, Karim Ibourki indique que la suppression de la publicité entraînerait la mise de côté d'un certain nombre de missions de service public.
Et pour n'évoquer que cette difficulté, il cite RTL, qui ne respecte pas les règles établies en FWB et continue à prendre de l'audience à la RTBF. Karim Ibourki parle d'asymétrie régulatoire.

Jeanne Brunfaut, du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel

À ses yeux, le Fonds Séries est un exemple de joint-venture à succès.
Et de manière générale, ce qui fonctionne à la RTBF, c'est la prise de risques. C'est ça qui donne du sens à ses missions de service public. Plutôt que se rallier, par exemple, à des séries françaises sur lesquelles beaucoup d'argent a été investi dans le passé, sans donner des audiences aussi satisfaisantes.
Le rôle de ce Fonds Série est de former des gens (notamment des auteurs) et de proposer des productions qui vont rencontrer un public.

En coproduction cinéma, la RTBF est un partenaire indispensable.
Mais si son rôle de diffuseur est incontestable, son apport financier est parfois étriqué.
Le documentaire a une place historique à la RTBF, et aussi une situation particulière, parce que ces films ont une carrière qui se joue à la télévision. Il y a la nécessité d’un lien entre le financeur (la FWB) et le diffuseur.
La place des productions issues de la FWB sur les antennes de la RTBF, ainsi que leur promotion dans les émissions RTBF pourraient être étendue, elles doivent être mieux mises en valeur. Car on remarque que lorsque le public est confronté à des créations locales, il y adhère. Mais il faut assurer la rencontre entre ces contenus et ces personnes, leur faire de la promotion.


Anne Versailles : autrice, représentante de l'ASAR, l'association des auteurs et autrices de radio de création

La création sonore est en pleine expansion. Grâce ou à cause de la crise sanitaire, tout le monde fait de la création sonore actuellement, et la RTBF peut contribuer à garantir sa qualité. Par exemple, en augmentant ses plages et ses quotas de diffusion. Pour l'instant nous n'avons à peu près que l'émission de La Première « Par Ouï-dire » pour faire atterrir ces œuvres sonores. Anne Versailles note aussi que la création à destination des jeunes publics n'a pas encore trouvé sa place au sein de la RTBF.


Noël Magis, de ScreenBrussels

Martèle le mot Coconstruire. Coconstruire avec les diffuseurs, dont la RTBF. Et co-construire en prenant en compte les moyens disponibles et mobilisables.

Il faut optimiser la complémentarité entre les différents niveaux de pouvoir. Mieux articuler les différents mécanismes de financement. Et amorcer une réflexion qui intègre le durable, en matière économique. La filière va-t-elle pouvoir se construire en générant des revenus équitables pour l'ensemble des intervenants ? Il faut avoir des acteurs locaux forts, des champions nationaux forts.

Virginie Nouvelle, de Wallimage

Plus il y a de moyens investis par la RTBF dans la production wallonne, mieux c'est pour l'industrie du cinéma bien entendu.
Par rapport au positionnement low cost que la RTBF développe, sur les films à faibles budgets notamment, Virginie Nouvelle note que si ce n'est pas inintéressant d'un point de vue artistique, ça l'est moins à un niveau régional, du point de vue de l'industrie (le salaire des techniciens est ainsi sous tension, et cette politique nouvelle risque de l'accroitre).

Par ailleurs, la diffusion ne suit pas toujours la création.

Virginie Nouvelle émet l’idée de travailler en « slate de projets » pour un impact plus structurant sur l’industrie.
La coexistence de programmes très attractifs comme The Voice et d'autres typiquement belges comme le sont les séries actuelles semble à ses yeux un panachage intéressant. Le rendez-vous série belge du dimanche soir donne satisfaction, la stratégie de fidélisation hebdomadaire des publics est payante. Virginie Nouvelle souligne l'importance de l’investissement de la RTBF dans des productions nationales bien sûr mais aussi dans des coproductions avec d'autres pays sur lesquelles les producteurs belges se positionnent.

Et elle avance enfin un élément qui n'a pas encore été mobilisé : Comment diminuer l'impact environnemental de la production audiovisuelle ? C'est, d'après elle, un enjeu majeur auquel il faut réfléchir.

Benjamin Schoos, du Conseil Supérieur de la Culture

Avant toute chose, il apparaît au CSC qu’un accroissement des connaissances à l’égard des politiques culturelles de la FWB s’impose. Pour ce faire, le CSC recommande un travail de réflexion et d’organisation des connaissances disponibles dans les matières culturelles de la FWB

La réalisation de cadastres et la volonté d'accroissement des connaissances à l’égard des politiques culturelles de la FWB visent en priorité trois enjeux relatifs à la RTBF.

  • une politique de l’emploi artistique et culturel, au service d’une politique de création artistique ambitieuse (ex : statut, rémunération, organisation,etc.)
  • une politique en matière de diversité (ex : quota).
  • une politique de diffusion et de démocratisation, respectueuse de la multiplicité tant de ses artistes que de ses publics et de ses territoires.

Voici quelques points d’attention ou axes de structurations concernant le contrat de gestion :

  • mieux articuler information et décision : créer/renforcer/rendre lisible les cadastres existants ou à construire > renforcer l’aide à la décision/à la défense d’un point de vue sectoriel et de sa chaine de valeurs.
  • viser une articulation accrue entre les positions dominantes et les positions dominées dans le champ culturel : structurer/soutenir/appuyer/légiférer sur les enjeux de représentation des minorités dans les fonctions de responsabilité et/ou d’expression (artistique)
  • favoriser les articulations entre population et public : renforcer les politiques d’accès, à la fois économique, mais aussi et surtout symbolique.
  •  repenser les articulations entre création et diffusion afin de renforcer la fluidité entre ces deux « mondes » (l’un ayant progressivement évolué bon gré mal gré vers une organisation en collectifs temporaires ; l’autre étant fortement attaché aux ressources et potentialités d’une institutionnalisation durement acquise/ quelles complémentarité ; comment assurer un bon dialogue opérationnel pour favoriser quelles circulations des artistes et des œuvres ?)
  • Le décret SMA est une opportunité pour développer la coproduction et enfin avoir une politique ambitieuse de contenus locaux.

Concernant Auvio, Benjamin Schoos est moins enthousiaste que les précédents intervenants. D'abord parce qu'il s'inscrit dans environnement web3 qui se développe à grand pas et risque de provoquer de nouveaux changements d'audience en quelques années, en termes de production et de diffusion. Le web 3 est d’abord la financiarisation du web, il est lié à l’avènement des crypto monnaies mais aussi des technologies Blockchain.
Ensuite parce qu'agréger les contenus dans cet environnement risque d’avoir un coût collectif lourd qui amènera inévitablement à une restructuration brutale aux dépends d’une qualité et d’une représentation de la réalité et de la richesse de la culture en FWB : celle des communautés artistiques, des tiers lieux, des coopératives, des réseaux et d’une culture en mouvement décentralisée également dans le monde réel.


Tous nos remerciements à Myriam Leroy pour cette synthèse complète, fidèle et précise.

Retrouvez le programme de cette séance.

 

Pour aller plus loin

. Lisez les premières réflexions de la Scam à ce sujet

. Découvrez la synthèse des précédentes séances : enjeux et missions du service public ; rapports de la RTBF à la création et la production indépendantes.

. Le 21/02, nous vous invitons à un dernier atelier qui sera consacré à la politique et aux missions prioritaires de la RTBF : votre voix compte, venez y participer !