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Entretien avec... Renaud Maes

Sociologue et auteur, le nouveau Président du Comité belge de la Scam prend la succession de Paola Stévenne, avec qui il avait travaillé sur l’enquête Documentaristes, un métier de nanti ? Il a répondu à quelques questions pour vous aider à mieux comprendre ses motivations, les combats qu’il souhaite mener et l’importance de l’engagement.

 

Renaud Maes est docteur en Sciences et docteur en Sciences sociales et politiques de l’Université libre de Bruxelles. Il mène des travaux de recherche sur les inégalités sociales dans l’enseignement supérieur, la précarité et le travail social, mais aussi sur la prostitution, la pornographie et les applications de fitness. Renaud Maes est rédacteur en chef de La Revue Nouvelle et désormais le Président du Comité belge de la Scam.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous présenter comme Président du Comité belge de la Scam ?

En fait, j’avais envie de continuer le travail que Paola (Stévenne) a débuté en tant que Présidente, et introduire du réel à l’intérieur du discours politique. À l’image de l’enquête sur les documentaristes que nous avons menée ensemble, il est important de montrer la réalité du métier d’autrice et d’auteur et de casser certains mythes qui l’entoure. Qu’est-ce que ça veut dire au quotidien être auteur ou autrice ? Qu’est-ce que cela implique ? C’est tout ça qu’il faut montrer.

J’ai la double-casquette auteur et sociologue, c’est pour cette raison qu’il me semble primordial de mener de telles enquêtes sur les métiers de création pour les défendre.

Je me suis aussi présenté parce que j’adore les membres du Comité belge, ce sont tous des gens épatants. Je pense que nous pouvons vraiment agir en collectif, avec un sens certain des réalités. Nous allons pouvoir investiguer sur les réalités artistiques, continuer à mettre en avant les problèmes que rencontrent les documentaristes, les écrivaines et écrivains, et les autrices et auteurs en général.

 

Souhaitez-vous mettre l’accent sur un combat, faire la lumière sur quelque chose en particulier durant votre mandat ?

Je voudrais continuer ce que l’on a commencé en tant que groupe au Comité : travailler ensemble à porter un discours plus ancré, que l’on puisse opposer au vague, au flou du discours politique général. Il est important aujourd’hui de détechniciser le discours et le rendre plus concret, apporter plus de réel, encore une fois.

Il y a plusieurs batailles à mener, au niveau du statut d’artiste évidemment mais aussi faire reconnaître que le travail de préparation des auteurs et autrices est essentiel dans le processus de création : le temps de recherche, de documentation, d’imprégnation doit pouvoir être pris en compte en tant que véritable temps de travail. En la matière, il y a beaucoup de dossiers à la Fédération Wallonie-Bruxelles sur lesquels se pencher.

 

En quoi est-ce important d’être membre du Comité de la Scam ?

La Scam est une société d’une haute importance parce qu’elle est l’un des rares lieux qui soit indépendant du pouvoir. L’argent de la Scam provient des droits d’autrices et d’auteurs, ce qui lui donne une liberté de parole et d’action assez unique, elle est quasiment en autogestion. Le Comité a un rôle moteur dans tout ça, puisqu’il a de fait la capacité à faire bouger les lignes par la mobilisation des autrices et auteurs. Il est primordial de s’impliquer pour avoir une prise directe sur les politiques culturelles.

Nous vivons une période particulière de déconnexion dans laquelle les politiques ont abandonné la démocratisation culturelle, ce qui se traduit par une déprofessionnalisation du métier d’auteur. Par ailleurs, auteurs et autrices doivent désormais passer une grande partie de leur temps à faire des dossiers techniques qui n’ont plus rien à voir avec leur métier, qui correspondent à des logiques extérieures au métier.

Mais pire encore, depuis les années 70, les pouvoirs ont en fait aussi renoncé à la la démocratie culturelle : il n’y a plus de mise en valeur de l’activité créatrice, la société ne rémunère plus ses autrices et auteurs, ne les reconnaît plus dans leur travail et développe une sorte de culture de l’amateurisme, de la “spontanéité” fondée sur une idéologie du “don”. Il est nécessaire de revenir à une véritable démocratie culturelle qui implique de remettre en valeur la technique artistique, les heures de formation, d’enquête, de lectures, de montage, de bricolage... bref, visibiliser et reconnaître pleinement le travail des auteurs et autrices professionnelles.

 

Souhaitez-vous adresser un mot aux auteurs et autrices de la Scam ?

Je pense qu’il faut les inviter à s’engager dans notre société, même si elles et ils ne font pas partie du Comité. La Scam est une société collective qui a presque une dimension de “coopérative”, où chacun peut faire entendre sa voix. J’appelle les auteurs et autrices à témoigner de leur réalité, à contacter les membres du Comité, à échanger, s’impliquer… La Scam est votre société, vous devez la faire vivre pour lui donner de la force et faire valoir vos droits.

 

Pour aller plus loin :

. découvez le Comité belge de la Scam et son fonctionnement

 

Renaud2

© D.R.