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Enjeux et missions du service public audiovisuel - Synthèse de l'atelier RTBF #1

Alors que le contrat de gestion de la RTBF est sur le point d'être renouvelé, le Comité belge de la Scam engage une vaste réflexion afin d’apporter des analyses, des témoignages et des propositions concrètes en vue de nourrir le débat et la rédaction du nouveau contrat. Une première séance (passionnante) a eu lieu, trouvez-en ici une synthèse rédigée par Myriam Leroy et une captation intégrale.

 


Synthèse de la séance

Deux auteurs majeurs furent sollicités par nos intervenants, Einstein avec : « Tout ce que l'homme ignore n'existe pas pour lui. » Autrement dit « L'univers se résume à la taille de nos connaissances ». Autrement dit « Nos représentations sont tributaires de ce que choisissent d’en dire » et DE dire nos médias.
On a également vu surgir Spinoza dans les débats, avec « Toute détermination est une négation ». Autrement dit, « choisir c’est renoncer ».
La Fédération Wallonie-Bruxelles finance en partie la RTBF et celle-ci doit donc se conformer à un contrat de gestion qui sera discuté ces jours-ci au Parlement.
Alors quel est l’univers (de représentations) que ses missions vont contribuer à façonner ?

La ministre des médias, Bénédicte Linard a ouvert la séance à distance en insistant sur les mutations à l’œuvre dans le monde des médias, stimulées par la pandémie de Covid 19. Elle a évoqué la consolidation des grands groupes de médias locaux, la prédominance de grandes plateformes internationales, l’abondance des offres de contenus, la propension du public à se tourner vers médias non-linéaires… et la crise de confiance d’une partie du public envers les médias traditionnels.
Qui nous amène à devoir penser davantage le rôle d’éducation aux médias des médias de service public… et pas uniquement auprès des jeunes mais aussi des personnes âgées.

Isabelle Rey, Présidente du comité belge de la Scam, rappelle quelques points importants du contrat de gestion :
Celui-ci établit et rappelle que le service public est un acteur essentiel de la vie démocratique, car il est une source d’informations indépendante et pluraliste, parce qu’il permet de lutter contre la concentration des médias… Il a pour mission de décoder le monde qui nous entoure et d’éduquer aux médias dans une époque où l’on ne cesse d’être sollicité par ces médias.
Il a également une mission fondamentale de diffusion de la culture.
Le service public audiovisuel est aussi un employeur culturel majeur en Fédération Wallonie Bruxelles, qui ne doit pas seulement valoriser ses talents avec fierté, mais aussi les financer, avec des normes de qualité élevées.
Le prochain Contrat de Gestion doit déterminer comment parvenir à atteindre ce programme. Et comment fidéliser et attirer le public autour de ces missions, en pensant également le rapport aux algorithmes qui ne peuvent pas être seulement la préoccupation d’acteurs privés.

Baptiste Erkès, Président du CA de la RTBF, évoque lui aussi le contexte dans lequel l’examen du contrat de gestion prend place : le morcellement des supports, qu’ils soient linéaires ou numériques, la guerre des contenus, et le regroupement des médias.
Son intervention confirme l’ampleur de l’inquiétude liée aux fake news dans la manière dont on peut se figurer le service public du futur. Il souligne que dans les pays de l’Union Européenne où les services publics sont les plus forts, les fake news sont les plus faibles. Dans ces pays-là, le débat démocratique serait moins colonisé par les populismes.

L’algorithme, pour y revenir, qui est la plupart du temps convoqué pour évoquer ses effets pervers sur les bulles de propagation toxiques d’idées antidémocratiques et de fake news, est aussi, dit Baptiste Erkès, un outil qui permet de rester au contact des gens, ou qui pourrait le permettre. Il y aurait un usage « de service public » des algorithmes à penser. Notamment pour court-circuiter certains automatismes de consommation. Pour recevoir précisément des choses qu’on n’a pas demandées.

 

Hervé Rony, Directeur général de la Scam France, propose un regard transversal sur l’ensemble du paysage médiatique français.
En insistant d’abord sur le périmètre plutôt stable dédié aux médias de service public, et ce même si « on a risqué de perdre France 4 », et qu’« on » est donc passé tout près de voir les contenus de France 4 rapatriés sur les autres chaînes de France Télévision, quitte à les déshabiller.
En parlant de déshabillage, il expose aussi la question de la redevance, qui est stable également, alors que le déploiement numérique du groupe nécessiterait davantage de moyens. Il s’agit donc de penser son augmentation lente et sur le long terme pour susciter l’adhésion du contribuable et du public – ou du moins éviter son rejet.
Cette année est une année d’élection présidentielle, deux candidats se déclarent favorables à la suppression de la redevance et on peut également évoquer Valérie Pécresse, issue d’un un parti de gouvernement (susceptible d’être encore au pouvoir aux prochaines élections), Valérie Pécresse qui n’est pas claire sur le sujet de l’éventuelle privatisation des chaînes de service public.
Hervé Rony indique que la concentration médiatique la plus inquiétante actuellement, c’est Bolloré-Lagardère, bien plus que TF1-M6.

 

Emmanuel Tourpe, qui après avoir dirigé les programmes de la RTBF et d’Arte pense aujourd’hui le déploiement numérique d’Arte, martèle un mot, c’est désintermédiation : la diminution voire la suppression du médiateur entre producteur et consommateur. Qui est une tendance de fond.
Quel est le rôle d’un agrégateur, et donc de la RTBF, dans un univers où les chaînes risquent d’être bypassées par les plateformes ?
La désintermédation est une opportunité, selon Emmanuel Tourpe, si l’on repense l’agrégateur. Si l’on pense le Service Public comme un vecteur central d’une dynamique industrielle locale, et si la collaboration entre services publics au pluriel, locaux et nationaux, devient un vrai vecteur de production, et pas seulement à la marge.
Choisir c’est renoncer, donc, dit Emmanuel Tourpe en paraphrasant Spinoza, et en évoquant la BBC qui a fait le deuil d’une partie du public : 25% du public, qu’elle sait qu’elle ne pas pouvoir atteindre.
Pourrait-on imaginer que la RTBF s’engage dans une réflexion similaire ?
Et alors sur quoi concentrer la légitimité du service public ? Parce qu’elle ne se bâtit pas uniquement sur l’information.

On en revient à la définition d’un service public, qui selon Hervé Rony, doit être dans une logique de l’offre, alors que tout aujourd’hui tend à y introduire une logique de demande.
Le Service Public doit faire ce que le privé ne fait pas.

Baptiste Erkès pense qu’il ne faut pas abandonner une partie du public, et que la RTBF le fait plutôt bien, ne pas abandonner une partie du public. Mais une fois qu’on a ferré le poisson avec le foot ou The Voice, la vraie question c’est « qu’est-ce qu’on fait maintenant, qu’est-ce qu’on leur offre de plus ou de mieux ? ».

Emmanuel Tourpe dit qu’il y a un abîme entre objectifs de chaînes, de publics, de portefeuilles d’offre, et ceux des créateurs : agréger les contenus c’est un métier, qui est très peu connu des producteurs de contenus.
Lesquels ne penseraient pas en termes de « cases ». Ces métiers ne se parlent pas, dit-il. Et c’est probablement dommageable pour tous.

L’une des dernières interventions dans la salle, venant d’un travailleur du documentaire, interroge justement « Avons-nous encore un langage commun ? ». Ce qui semble être une préoccupation de tous les auteurs et autrices présent.es à cet atelier, et plus qu’une préoccupation, plutôt une conclusion : non, nous ne parlons pas souvent la même langue.


Tous nos remerciements à Myriam Leroy pour cette synthèse complète, fidèle et précise.
Retrouvez ici le programme de la séance.


 



 


Pour aller plus loin

. Lisez les premières réflexions de la Scam à ce sujet

. Nous vous invitons à un deuxième atelier qui sera consacré aux liens de la RTBF avec la création et la production, à la place des créateurs et créatrices ainsi qu'aux publics du service public : votre voix compte, venez y participer !