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Charte de rémunération des auteurs et autrices littéraires

Sans auteur et autrice, il n’y a pas de création, ni de renouvellement de la vie artistique et culturelle. Or les auteurs et autrices peinent à vivre de leur métier parce que nombre des prestations qu'ils ou elles assurent, pourtant nécessaires au projet, ne sont généralement pas considérées comme du travail à rémunérer. Trop de leurs activités sont invisibilisées. En fixant des tarifs de référence pour celles-ci, notre Charte vise à renforcer leur carrière professionnelle, et leur accès à la protection sociale.

 


La Charte

La Scam édite cette charte pour faire du milieu culturel un lieu sain où le travail de tous et toutes est considéré à sa juste valeur et rémunéré comme tel. Il nous semble important de rappeler quelques pratiques de base pour que chacun·e contribue à faire des événements littéraires des moments professionnels, qui célèbrent la création artistique.

Un auteur ou une autrice qui se déplace pour présenter son œuvre ou son univers, pour participer à un débat, animer un atelier ou relire un manuscrit le fait dans le cadre de son métier.
Dans cette logique professionnelle, il ou elle doit être accueilli·e comme un·e travailleur·euse expert·e, rémunéré·e pour sa prestation, mais aussi défrayé·e pour ses déplacements et frais de séjour… sur proposition des organisateurs ou sans se voir refuser une demande raisonnable. Le métier d’auteur et d’autrice doit être considéré par les organisateurs à sa juste valeur, et cela passe par l'intégration de ces postes budgétaires dès la préparation des événements.

Les tarifs sont basés sur des barèmes déjà existants, entre autres la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse, et sur les témoignages de nombreux auteurs et autrices du secteur littéraire, de l’illustration et de la BD ainsi que d'organisateurs d’événements littéraires. Nous les remercions d’avoir contribué à établir cette charte de rémunérations.


Présentation lors de la Rentrée littéraire de la Scam

Ce document a été présenté publiquement à des auteurs et autrices ainsi qu'à opérateurs et organisateurs d'événements littéraires lors d'une rencontre menée dans le cadre de la Rentrée littéraire de la Scam. Modérée par Anita van Belle, cette table ronde donnait la parole à Isabelle Rey, présidente du Comité belge de la Scam, l’autrice Émilie Plateau et Elizabeth Kovacs, programmatrice littéraire de la Foire du Livre de Bruxelles. En voici une synthèse en quelques lignes.

D’emblée, Isabelle Rey précise qu’alors qu’on considère généralement que la promotion est un cadeau offert avec plaisir par l’auteur ou autrice, il s’agit bel et bien d’un travail, et que cela doit donc être rémunéré. Notre Charte est un outil précieux pour cela. Anita Van Belle renchérit : le temps des auteurs et autrices n’est pas un bien commun, c’est un temps d’expertise, qui doit être rémunéré comme tel.
De plus, lors d’une manifestation ou d’un événement, tout le monde est payé, donc l’auteur ou autrice qui est à la base de tout et grâce à qui tout le monde va gagner de l’argent mérite sa part !

Marie Depré, chargée de communication à la Scam et qui a coordonné la publication de cette Charte fait un point sur la méthodologie de travail.

Elle rappelle que les tarifs de cette Charte sont basés sur :

  • La grille de la très précieuse @CharteAuteurs en France ;
  • Une enquête auprès de nos auteurs et autrices membres ;
  • Une consultation de nos partenaires (éditeurs, libraires, bibliothécaires…).

Elle précise également que, dans l’objectif de faire de cette Charte un outil praticable et que chacun.e pourra s’approprier, nous avons noté à chaque fois un tarif minimum en deçà duquel on ne peut pas descendre, et un tarif plus élevé que nous recommandons ; ainsi que les modes de rémunération possibles.

Elizabeth Kovacs salue un outil précieux, aussi pour les opérateurs. Elle rappelle toutefois qu’au-delà du budget consacré à la rémunération des auteurs et autrices (un principe appliqué depuis 2 ans par la Foire), il y a un temps de gestion administrative très important à prendre en compte dans l’équation. Mais comme le rappelle une représentante du Wolf, ce document est bien un service aussi pour les organisateurs, car avoir un tarif de référence leur fera gagner du temps (de recherche, de négociation) et évitera des inégalités.

Se pose alors la question des ressorts possibles pour faire adopter cette Charte : on évoque des subsides de la FWB pour amorcer la pompe ; le fait de conditionner l’octroi de subsides au respect de cette charte ; le partage des coûts entre organisateur éditeur… Autant de pistes à explorer. Le mot « solidarité », notamment dans l’application de cette charte, qui mobilise auteurs et autrices, partenaires, pouvoirs publics est souvent prononcé.

Les auteurs et autrices pourront en tout cas s’appuyer sur la Scam, qui peut servir d’intermédiaire entre ses membres et les organisateurs ou autres partenaires professionnels pour faire appliquer les tarifs de la Charte et ainsi renforcer leur pouvoir de négociation. Comme le dit Isabelle Rey : la Scam sera là pour appuyer les revendications des auteurs et autrices, dans un esprit collectif et de solidarité. Cette Charte n’est pas une loi mais c’est un outil qui donne un sérieux : utilisons-le ! Elle sera bien entendue présentée aux parlementaires ainsi qu’à nos partenaires du secteur culturel.

Concluons avec l’autrice Emilie Plateau, qui donne trois arguments pour (faire) appliquer cette Charte de rémunération :

  • Tout travail mérite salaire ;
  • La visibilité ne paye pas le loyer ;
  • L’équité de traitement avec une même base pour toutes et tous.

Nous tenons à remercier Anita Van Belle pour sa modération fluide et efficace, et ses interventions intelligentes et éclairantes !